Commençons par ce que vous devez savoir à mon sujet : je ne suis pas un expert reconnu internationalement, je ne suis pas un Guru promouvant un nouveau type de randonnée, je n’ai pas marché tous les itinéraires qu’il existe dans le monde… À vrai dire je n’ai pour l’instant qu’un seul trail de longue distance à mon actif, le petit dernier du genre appelé Te Araroa, qui permet de traverser à pied la Nouvelle Zélande, et que j’ai d’ailleurs choisi comme beaucoup d’autres personnes plus par intérêt pour le pays et ses paysages somptueux, que pour la discipline de la marche de longue distance en elle-même. Je suis donc, ou plutôt j’étais encore il y a quelques mois, un débutant complet en la matière. C’est pourquoi je suis d’autant plus à même de répondre à vos inquiétudes et interrogations, puisque j’ai été confronté aux mêmes difficultés il y a seulement quelques mois.

Cependant cet article n’est pas exclusivement réservé aux débutant.e.s, ni même à ceux et celles souhaitant se lancer dans un trail de longue distance, mais absolument a tout.e randonneur.se qui peut être amené.e à randonner en autonomie, et qui par conséquent, se doit de constamment remettre en question sa façon de pratiquer sa passion. Comme dans tout sport, il n’existe pas une seule recette miracle pour tou.te.s les randonneur.se.s, pas plus que chaque randonneur.se n’a sa propre recette miracle qu’il ou elle n’aurait plus besoin de changer durant sa vie entière. La clé d’un succès personnel est bien sûr propre à chacun.e, et la notion de succès en elle-même est très subjective. Selon moi il s’agit tout simplement de prendre du plaisir, c’est pourquoi chacun.e aura sa propre manière de randonner : à plusieurs ou seul.e, en privilégiant le confort du campement ou l’aisance de la marche, lentement ou à la limite de la course à pied, etc.. Le moyen d’accéder à ce plaisir ne devrait jamais être considéré comme acquis, mais s’inscrire dans une constante recherche de mieux. En effet, nous marchons dans un monde en constante évolution : notre corps, notre perception de la nature, les chemins de randonnée, les équipements disponibles, et le type de randonnée que nous souhaitons pratiquer, sont autant de paramètres qui évoluent.

C’est pourquoi j’essaierai autant que possible de guider vos premiers pas dans ce monde abrupte, afin de vous proposer une ligne pour débuter intelligemment, ainsi que pour vous éviter les erreurs classiques dans lesquelles je suis moi-même tombé.  Pour ce faire, après ce premier article de présentation, je me concentrerai sur des conseils pratiques selon 2 règles primordiales, faisant chacune l’objet d’un article :

Je souhaite aussi bien sûr que ces conseils puissent s’avérer utiles aux randonneur.se.s chevronné.e.s, qui pourront ainsi réévaluer leurs habitudes à l’aune d’un point de vue éventuellement différent.

I. Qu’est-ce que le thru-hiking ?

Le thru-hiking est la discipline reine de la randonnée. Le nom est composé du terme thru, réduction phonétique de through (« à travers »), et de hiking (« randonnée »). Il s’agit du défi passionnant qui consiste à parcourir de bout en bout un trail (« sentier ») de longue distance, à travers une région de grande envergure, un pays entier, voire plusieurs. Compte tenu des distances énormes couvertes par ce type de trail, le.a randonneur.se est amené.e à marcher dans des milieux extrêmement divers tels que des montagnes, des forêts, des prairies, des déserts, des plages, etc., mais aussi le long de certaines routes qui permettent de connecter des sections de chemins naturels, et que l’on cherche généralement à minimiser au maximum. En effet, plus la proportion de route est faible, plus on considère que le trail est « complet ». Toute la difficulté de la création d’un trail de longue distance se trouve d’ailleurs là. De plus, les thru-hikers sont régulièrement amené.e.s à marcher à travers des villes de plus ou moins grande envergure, ce qui leur permet de se ravitailler en nourriture et de prendre du repos pour affronter à nouveau la nature sauvage sur l’étape suivante

Tous les trails peuvent s’effectuer dans un sens ou dans l’autre, mais bien souvent l’un des deux sens de marche est privilégié, en lien logique avec une évolution du milieu, du climat, et/ou des besoins logistiques. Pour un premier trail je vous conseille de suivre les recommandations officielles sans chercher à innover. Et que vous soyez expérimenté.e en randonnée traditionnelle ou non, je peux vous garantir que la marche de longue distance en elle-même sera une expérience suffisamment révolutionnaire pour que vous n’en ressentiez pas le besoin !

Certain.e.s randonneur.se.s ne marchent que des sections plus ou moins longues de ces trails et non l’intégralité, pour des raisons financières, de temps, ou de motivation. On les appelle des section-hikers sans que ce nom n’ait rien de dégradant. À titre d’exemple d’autres décident de systématiquement faire du stop sur les sections de route. De façon générale, gardez toujours en mémoire qu’il s’agit de VOTRE aventure, que vous ne la complétez pas pour les autres marcheur.se.s ou qui que ce soit d’autre, mais pour vous-même, et que quelle que soit la façon dont vous souhaitez la réaliser vous pouvez d’ores et déjà en être fier.e.

À vrai dire non, vous devez en être fier.ère ! Car il s’agit d’un exploit personnel fantastique, que nos sociétés modernes nous donnent peu d’opportunités d’expérimenter, et dont nous sommes tous capables pour peu que l’on s’en donne la peine, quel que soit le genre, l’âge, la forme physique, ou l’expérience de la vie en nature. La clé de votre succès est votre mental, votre motivation, votre volonté de réussir. Et même si vous décidez de marcher votre trail en solitaire, vous ne serez jamais complètement seul, car une véritable communauté de thru-hikers sera toujours là pour vous épauler, partager la même souffrance et le même plaisir, et finalement devenir vos ami.e.s.

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Une meute de thru-hikers dans leur environnement naturel, prêt.e.s à s’élancer sur le trail qui les attend !

II. La randonnée en autonomie : un défi logistique

Sur un thru-hike, vous serez amené.e à marcher en autonomie la plupart du temps, hormis lors des sections citadines, ainsi que lors de sections naturelles de courte distance qui ne nécessitent pas plus d’un jour de marche. Ce principe n’est pas propre au thru-hiking, mais est commun à de nombreux.ses randonneur.se.s qui cherchent à profiter de la nature dans son état brut, et à condition que vous sachiez apprécier cette expérience authentique, vous en garderez le souvenir unique d’une véritable communion avec les environnements les plus sauvages de notre belle planète.

En autonomie le.a randonneur.se transporte sa nourriture pour une section donnée (rarement plus de 7 jours) jusqu’au point de ravitaillement suivant. Marcher en autonomie permet de pénétrer dans un milieu complètement naturel parfois éloigné de plusieurs jours de marche de la route la plus proche. Le niveau d’autonomie maximum qu’un.e randonneur.se peut assumer est d’environ 10-12 jours, ce qui ne se produit presque jamais durant un thru-hike, même avec un rythme de marche lent. Lorsque la distance entre deux points de ravitaillement est trop importante, il est judicieux de s’envoyer des colis de nourriture à une adresse présente sur l’itinéraire, comme un camping ou un restaurant. Certain.e.s marcheur.se.s expérimenté.e.s s’envoient aussi des chaussures ou du matériel de randonnée en prévision de futurs besoins. Cependant pas d’inquiétude, ce type de préparation logistique sera clairement détaillé sur les sites internet des trails classiques. La plupart du temps il sera même possible d’organiser ces ravitaillements postaux alors que vous êtes en plein thru-hike, et ainsi prendre conseil auprès des autres marcheur.se.s, ou en dernier recours de faire du stop jusqu’à la ville la plus proche.

Marcher en autonomie implique aussi de se fournir en eau dans le milieu naturel et de transporter les équipements nécessaires pour camper, pour cuisiner, pour se laver, et pour se soigner/promulguer les premiers secours.

A contrario il existe d’autres manières de randonner de façon plus dépendante de la civilisation, et que tout.e thru-hiker est aussi amené.e à expérimenter :

  • la randonnée en semi-autonomie qui consiste à s’arrêter chaque nuit dans un gîte, hôtel, etc., mais durant laquelle le.a randonneur.se subvient lui.elle-même à ses besoins en nourriture, en se ravitaillant à un intervalle équivalent à une randonnée en autonomie.
  • la randonnée à la journée que presque tout le monde a déjà expérimentée au moins une fois lorsque, gamin, vous passiez une semaine de vacances dans les Alpes, et que vos parents devaient vous traîner dehors pour aller marcher… Il suffit de prévoir un pique-nique, de l’eau, et le matériel de navigation / protection / sécurité de base (carte, veste de pluie, téléphone…).
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Roebuck Hut : l’un des nombreux refuges sur l’itinéraire du Te Araroa

III. Les États-Unis, eldorado du thru-hiking

Le thru-hiking est particulièrement populaire aux États-Unis et au Canada où l’on trouve les itinéraires de longue distance les mieux entretenus, à la fois grâce aux autorités locales et aux associations dont ils sont entourés, mais aussi grâce à d’immenses réseaux de bénévoles. Un véritable commerce se crée autour de ces trails de plus en plus fréquentés, tant pour le matériel spécialisé, que pour les boutiques de souvenirs, mais également au niveau des commerces classiques dans les villes ou les thru-hikers se ravitaillent. C’est cette culture de la marche de longue distance qui explique leur avance évidente dans le domaine, et si vous cherchez des informations supplémentaires à propos du thru-hiking de manière générale, ou pour préparer un trail en particulier, je vous conseille très fortement de réviser vos cours d’anglais… Il s’agit cependant d’une communauté extrêmement ouverte, et les nombreux bloggeur.se.s que vous pouvez trouver sur internet seront toujours prêt.e.s à partager leur passion avec patience et bonne humeur. Je vous conseille notamment le réseau Trailjournals, qui constitue une base de donnée absolument énorme, en offrant la possibilité de compiler les blogs de nombreux.ses marcheur.se.s de longue distance qui y partagent leurs expériences.

Trois trails de longue distance sont particulièrement mis en avant aux États-Unis, notamment parce qu’ils constituent la Triple Crown (« Triple Couronne ») de la marche de longue distance, que tout.e marcheur.se de longue distance expérimenté.e se doit d’avoir fait dans sa vie… Ne vous méprenez pas, il s’agit bien de second degré. Il n’en demeure pas moins que ces itinéraires sont parmi les plus célèbres au monde, à la fois parce qu’ils sont aménagés au cordeau sur des milliers de kilomètres, et à la fois parce qu’ils offrent la possibilité de s’immerger dans les environnements naturels d’exception de cet immense pays.

  • The Appalachian Trail (AT) – 3 500 km :

Le trail le plus fréquenté au monde, traversant 14 états américains sur la côte Est, aussi appelé « Le long tunnel vert » étant donné que l’essentiel de la marche se déroule sous le couvert des arbres de la chaîne des Appalaches.

  • The Pacific Crest Trail (PCT) – 4 200 km :

Pour de nombreux.se.s randonneur.se.s il s’agit du trail de longue distance le plus abouti au monde, s’étendant de la frontière mexicaine à la frontière canadienne le long de la côte Ouest, mais essentiellement en milieu montagnard et désertique. Le nombre de randonneur.se.s tentant de « compléter » ce trail a explosé suite à la sortie du film Wild.

  • The Continental Divide Trail (CDT) – 5 000 km :

L’un des trails les plus difficiles au monde, qui s’étend également de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, mais cette fois au milieu des Rocheuses, en suivant approximativement le divide américain (ligne de séparation des eaux au milieu du pays).

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La profusion de trails de longue distance de qualité aux États-Unis en fait sans aucun doute possible un eldorado du thru-hiking

IV. Et en Europe ?

En Europe les deux principales nations à pratiquer la randonnée sont la France et l’Allemagne, cela étant dû à la grande diversité de paysages que l’on peut y trouver, et notamment à la présence les Alpes qui attirent de nombreux.se.s randonneur.se.s. C’est pourquoi la randonnée est aussi très pratiquée dans tous les pays proches des Alpes (Autriche, Suisse, Italie, etc.). À cela on peut également ajouter les pays scandinaves qui entretiennent une importante tradition de sports d’extérieur en général.

Cependant la marche de longue distance est un concept complétement absent, y compris chez les professionnels, c’est pourquoi il vous sera très difficile en France de rencontrer des spécialistes expérimenté.e.s dans le domaine, d’obtenir des conseils judicieux, ou de trouver du matériel adapté… Et cela même pour la randonnée en autonomie classique, puisque même si toutes les adaptations nécessaires au thru-hiking n’y seront pas aussi primordiales, notamment en matière de pois du sac, elles faciliteront sa pratique de façon radicale.

Cependant il existe de nombreux chemins de randonnée intéressants, et souvent techniques, afin de randonner sur de moyennes voire longues distances :

  • Les sentiers de grande randonnée (GR …) :

Ils s’apparentent à des trails de longueur moyenne, permettant de traverser un milieu précis tel que les Alpes (GR5), la Corse (GR20, randonnée la plus réputée d’Europe pour ses paysages magnifiques et son haut niveau technique), ou encore la banlieue éloignée de Paris (GR11). Ils constituent un réseau important en France, en Belgique et en Espagne.

  • Les sentiers européens de grande randonnée (E …) :

Véritables trails de longue distance européens, ils s’apparentent bien souvent plus à des itinéraires cyclables qu’à de véritables sentiers de randonnée, compte tenu de la difficulté à profiter de paysages naturels sur des distances aussi importantes en Europe.

  • Les grands pèlerinages historiques :

Dont le pèlerinage de St Jacques de Compostelle (Camino de Santiago) est le plus réputé. Ils ne sont pas uniquement réservés à des vues religieuses ou spirituelles, et de nombreux.ses randonneur.se.s y marchent comme sur un trail classique de moyenne voire longue distance.

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Réseau d’itinéraires du pèlerinage de St Jacques de Compostelle qui s’étend dans toute l’Europe

Pour continuer cette découverte de la marche de longue distance, je vous propose maintenant quelques conseils portant sur la préparation physique d’un thru-hike :

Comment se préparer ?

2 commentaires sur “

  1. Merci pour ce partage d’expérience et ces infos très intéressantes !

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