Le Greater Patagonian Trail (GPT) est un trail de longue distance non officiel s’étendant sur environ 3 000 km au Chili et en Argentine, de Santiago au Nord à El Chaltén au Sud. Il permet de traverser une grande variété d’environnements naturels préservés dans la Cordillère des Andes, tels que les lacs et les forêts de Patagonie, des zones volcaniques, dont certaines sont en activité, et de suivre la partie la plus haute de la chaîne de montagnes, parfois au plus près de la ligne de division des eaux continentale. Spécificité du Greater Patagonian Trail, il permet également de s’immerger dans l’environnement culturel des régions traversées en allant à la rencontre de ceux et celles qui y vivent. Étant donné que cet itinéraire est extrêmement récent dans sa forme actuelle, mais surtout qu’il est extrêmement difficile sur certaines sections et qu’il n’est pas adapté à une tentative de traversée complète, sa fréquentation reste encore très faible.  Aucun thru-hike (réalisation d’un trail de longue distance de bout en bout et en continu) n’a jamais été réalisé en une saison, et la première « complétion » n’a été réalisée que l’année dernière après deux saisons consécutives par les marcheuses Bethany Hughes et Lauren Reed, dans le cadre de leur projet de traversée des Amériques HerOdyssey. Je suis donc apparemment le premier à avoir marché la longueur totale du Greater Patagonian Trail en une saison, en essayant autant que possible de suivre l’itinéraire principal malgré les difficultés liées aux conditions météorologiques, qui m’ont obligé à renoncer à quelques sections du trail. Voici cette tentative de thru-hike résumée en quelques chiffres :

  • Tentative de thru-hike du Sud au Nord (NorthBound) de la section 39 à la section 1 : 2,971.6 km (1,846.5 mi)
  • 2,542.1 km complétés (1,579.6 mi), soit 85,5 % du trail
  • Abandon de 7 sections : GPT38H (passage de frontière fermé) ; GPT32H et GPT31H (neige) ; GPT28H et GPT27H (rivière en crue) ; GPT2 et GPT1 (problèmes d’équipements)
  • 105 jours sur la longueur totale (pas seulement sur les sections du GPT) soit 28,5 km/jour
  • 8 jours de repos complets (0day)
  • 3 paires de chaussures
  • 1 seule autre personne rencontrée qui marchait le GPT

Dans cet article je me base sur mon expérience personnelle pour, premièrement vous expliquer en quoi le GPT est si particulier, deuxièmement vous présenter l’itinéraire section par section, et troisièmement proposer quelques conseils pratiques à ceux et celles que cet article aurait motivé.e.s à réserver un billet d’avion pour la Patagonie.

Pour retrouver toutes les informations concernant le Greater Patagonian Trail je vous invite à vous rediriger vers la page wikiexplora proposée par le fondateur du GPT, Jan Dudeck, et dans laquelle vous trouverez également une carte exacte de l’itinéraire. Cette présentation extrêmement riche constitue bien sûr la ressource indispensable pour planifier sa marche, mais est également très intéressante à parcourir pour un lecteur ou une lectrice curieux.se de voyages, de paysages et de cultures.

Guide du Greater Patagonian Trail par Jan Dudeck

I. Un trail pas comme les autres

Que l’on ne s’y trompe pas, malgré le nom de Greater Patagonian Trail qui rappelle celui des célèbres itinéraires américains comme le Pacific Crest Trail ou l’Appalachian Trail, le GPT n’a rien d’un trail classique. À tel point que dans la présentation qu’il en fait, Jan Dudeck insiste bien sur le fait que le GPT « is not a hiking trail« . Histoire de prévenir les marcheurs qui s’attendraient à trouver un long chemin scénique et roulant à travers la Patagonie. Il n’en est rien. D’ailleurs le GPT s’étend bien au delà des frontières de la Patagonie au Nord, et ne descend pas jusqu’aux confins de la Terre de Feu au Sud, malgré des projets en cours d’étude pour le rallonger au delà d’El Chaltén. Il est vrai que je n’avais jamais marché auparavant sur les modèles de la discipline, mais riche d’autres expériences de marche de longue distance, je souhaiterais tout de même vous faire comprendre en quoi le GPT n’est pas un trail comme les autres. Cet itinéraire de randonnée est une aventure à part entière, une expérience unique en son genre que l’on peut tout autant adorer que détester, et peut-être même les deux à la fois…

Parfois le chemin n’apparaît qu’une fois que l’on y est passé

Le rêve d’un homme devenu un projet collectif

Tout d’abord le GPT n’est pas un trail officiel, et n’a pas été conçu comme tel. Il est le rêve d’un homme, Jan Dudeck, qui à force de persévérance et de travail a non seulement réussi à connecter des itinéraires de différents types pour en faire un chemin de longue distance unique, mais a également réussi à rendre ce trail utilisable pour d’autres marcheurs qui rêvaient jusque là des grands espaces de la Patagonie sans avoir véritablement l’occasion de les traverser. C’est pourquoi il n’existe pas d’association officielle, et le trail n’est pas reconnu par les gouvernements du Chili et de l’Argentine. Même si en réalité, concernant ce dernier point, il s’agit plutôt d’un avantage étant donné que les deux projets antérieurs au GPT qui ont été récupérés par les organismes officiels, respectivement le Sendero de Chile au Chili et la Huella Andina en Argentine, n’ont jamais véritablement abouti.

Cependant, cela a pour conséquence que le GPT n’est ni balisé ni entretenu de façon spécifique. Le seul moyen de navigation se trouve donc avec les enregistrements GPS fournis par Jan Dudeck, enregistrements desquels tout un chacun peut contribuer à l’amélioration. De ce fait, le trail est en constante évolution grâce à l’apport et aux propositions des marcheurs qui souhaitent participer à la conception de ce projet. Ainsi, l’itinéraire a été l’année dernière [en 2017] étendu jusqu’à Santiago, son terminus Nord, grâce à l’implication de Bethany Hughes et Lauren Reed, qui ont pu tester sur le terrain les ébauches conçues par Jan Dudeck. Un autre acteur clé dans la conception du trail est Gerald Klamer, qui a également travaillé à développer le réseau d’exploration dans la partie Nord.

4185202Master
Jan Dudeck et sa femme Meylin Elisabeth Ubilla González en train d’explorer une section de packraft

Un réseau d’exploration hétérogène

Étant donné que les chemins qui constituent ce trail n’ont pas été conçus dans le but de proposer un itinéraire de randonnée, il n’y existe pas de véritable unité. Le principe selon lequel le trail s’enrichit petit à petit est basé sur la connexion d’itinéraires naturels variés, afin de présenter un trajet de longue distance utilisable. Mais il est important de prendre en compte que la randonnée n’est pas du tout une pratique traditionnelle au Chili et en Argentine, et que par conséquent il n’existe pas véritablement de chemin conçu pour les randonneurs en dehors des Parcs Nationaux. Le Greater Patagonian Trail emprunte donc des itinéraires de tous types, tant en matière d’aménagements que de difficulté, allant de parties en cross-country (pas de chemin dans un environnement ouvert) ou en bush-bashing (pas de chemin dans une végétation dense) pour le plus dur, jusqu’à des parties empruntant de petites routes de terre ou goudronnées pour le plus facile, en passant bien sûr par de nombreux sentiers équestres sur lesquels se déplace quotidiennement une grande partie de la population dans les zones reculées de la Cordillère des Andes.

Un autre point important à prendre en compte est qu’il n’existe pas un unique itinéraire, mais plutôt un itinéraire principal entouré d’une multitude d’alternatives. Cela permet parfois d’emprunter un chemin plus facile bien que souvent moins intéressant (par exemple à une altitude moins élevée), parfois de se diriger vers un point d’intérêt comme un sommet ou une source chaude d’origine volcanique, et parfois même de partir véritablement en exploration dans un environnement complètement préservé. Le choix est offert aux marcheurs, et cette grande liberté combinée à la richesse des informations fournies par Jan Dudeck, qui est toujours très disponible pour répondre aux interrogations de chacun, permet de proposer tous types d’itinéraires sur une gamme de difficultés et d’intérêts extrêmement vaste.

Par ailleurs de nombreuses sections (en particulier dans la moitié Sud) peuvent être effectuées en packraft, qui est une petite embarcation gonflable pour une ou deux personnes que l’on peut transporter en randonnée dans son sac à dos. Bien que dans le cadre du projet The American Hike je me sois limité à la marche, ces alternatives constituent une plus-value énorme pour quiconque rêve d’explorer les coins les plus reculés de Patagonie. Et à nouveau, les parcours proposés sont d’une difficulté très variable, ce qui permet autant à des débutants qu’à des kayakistes avertis d’y prendre du plaisir, pour peu que l’on choisisse les sections adaptées à son niveau et que l’on prenne en considération les aléas météorologiques. Pour toutes ces raisons le GPT n’est pas un trail unique, mais plutôt un réseau de trails avec une proposition d’itinéraire principale, et est donc idéal pour une pratique de la marche de longue distance par section (section-hikers).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Progression en bush-bashing sur la section Lago Puelo, l’une des plus difficiles du GPT

L’un des trails les plus durs au monde

Bien sûr le Greater Patagonian Trail attire également des marcheurs de longue distance rêvant de réaliser le tout de manière continue, soit le traditionnel thru-hike. Comme indiqué plus haut, je suis apparemment le premier à réaliser une partie aussi importante du trail en une saison, dans le pur style du thru-hiking. Un véritable thru-hike, c’est-à-dire marcher l’ensemble du trail en une seule fois et en continu, n’a donc jamais été réalisé. Cela est assez significatif de la difficulté hors-du-commun de cet itinéraire de marche de longue distance, et bien que je sois persuadé qu’un thru-hike soit possible (voir dans les conseils pratiques pour savoir de quelle manière…), un tel projet relèverait plutôt d’une expédition de forcenés que d’une balade dans les bois. En effet, bien que certaines sections soient d’une difficulté tout à fait commune, et parfois même faciles, d’autres sont d’une difficulté absolument inimaginable pour un marcheur de longue distance classique. Il s’agit parfois de se frayer son propre chemin au milieu d’une forêt vierge, sans d’autre indication que la direction approximative affichée sur le GPS, parfois de parcourir des dizaines de kilomètres dans une neige épaisse, et parfois de traverser des rivières puissantes auxquelles il n’existe pas d’alternative. Certaines sections donnent même l’impression d’avoir été conçues de bric et de broc dans le simple but de proposer une connexion avec la section suivante, les rendant extrêmement dures et absolument inintéressantes, ce qui constitue à mes yeux la plus grande faiblesse du trail. De ce fait, un bon marcheur peut arriver à tenir un rythme de 40 km par jour pendant plusieurs jours, et voir soudainement et sans préavis son rythme chuter à 15 km par jour, ou même se voir bloqué et devoir faire demi-tour.

Cependant la principale difficulté dans l’optique d’un thru-hike se trouve dans la fenêtre temporelle très restreinte au cours de laquelle il est possible de marcher dans de bonnes conditions météorologiques, sachant que les mois de janvier et février sont les seuls à offrir des conditions véritablement adaptées, alors qu’il faudrait trois à quatre mois pour réaliser cette traversée.

Je tiens donc à mettre en garde tout marcheur souhaitant se lancer dans le projet de parcourir l’intégralité du Greater Patagonian Trail : ce n’est pas un trail approprié pour les débutants. Pour être capable d’apprécier y marcher il faut être en très bonne forme physique, être expérimenté, et avoir un mental fort à l’épreuve de la solitude, du doute et même du désespoir. J’oserais même dire que le GPT emmène parfois le marcheur à la limite d’une pratique véritablement dangereuse. C’est pourquoi il faut être conscient de ses propres limites, afin d’être capable de faire demi-tour au bon moment, juste avant de les atteindre. L’humilité et la patience sont les deux qualités indispensables pour faire du Greater Patagonian Trail une expérience inoubliable.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Pris dans dans une tempête sur la Ruta de los Pioneros, passage au cours duquel je me suis retrouvé en état d’hypothermie

Une expérience culturelle exceptionnelle

De par sa nature disparate et officieuse le Greater Patagonian Trail emmène le marcheur à la découverte d’environnements exceptionnels que peu ont la chance de découvrir. Je parle d’environnements naturels bien sûr, mais également d’environnements culturels entretenus par des hommes et des femmes vivant parfois loin des préoccupations de notre mode de vie « moderne ». Mon but n’est pas ici de vous présenter de manière précise les différentes cultures que l’on peut rencontrer sur le trail, mais plutôt de vous convaincre du caractère exceptionnel de l’opportunité que représente ce trail d’aller à la rencontre de l’Autre. Qu’il s’agisse des pobladores en Patagonie, véritables colons actuels, du peuple natif des Pehuenche, qui continuent à entretenir un mode de vie traditionnel, ou de la culture arriero dans la partie centrale du pays, cow-boys modernes qui vivent en autarcie dans la montagne pendant la période estivale, le Greater Patagonian Trail est une invitation à à la rencontre et à l’échange.

Ce caractère exceptionnel s’explique par le fait que le GPT emprunte de nombreux itinéraires connus et utilisés par les seules personnes qui y vivent. Le marcheur y est donc toléré en qualité d’invité, ce qui demande de se comporter avec respect, discrétion et courtoisie. Mais une fois la glace brisée une telle attitude ouvre les portes d’un partage humain d’une richesse incomparable. Bien sûr vous ne serez pas traité.e.s avec tous les honneurs que vous imaginez mériter, car ces gens n’ont aucune idée de ce qu’est la marche de longue distance, et ils ne vous considéreront pas comme le héro ou la héroïne des temps modernes que vous êtes peut-être lors de vos apéros entre ami.e.s. Mais soyez sûr.e.s qu’en faisant preuve d’humilité et d’intérêt vous gagnerez bien plus à être considéré.e.s comme un.e voyageur.se lambda. Soyez curieux.se.s, soyez ouvert.e.s d’esprit, et le Greater Patagonian Trail se révèlera à vous dans toute l’ampleur de sa dimension culturelle. Petite précision cependant, qui peut sembler un détail pour certain.e.s, mais qui n’en est absolument pas un : pour être capable d’interagir avec les locaux il est indispensable de parler espagnol

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Papotant autour d’un maté avec les Carabineros de Chile

II. Étape par étape

Épisode n°3 de la websérie The American Hike : de la section 39 à la section 27 du Greater Patagonian Trail.

Zone Champ de Glace Patagonique Sud secteur Nord

  • Section 39 : Mont Fitz Roy
    Je suis parti de El Chaltén sous une légère pluie qui est devenue au cours de la journée une véritable tempête. Je n’ai donc pas pu profiter des paysages somptueux de cette première section au pied du célèbre Fitz Roy. Si vous souhaitez découvrir des photos de ce lieu exceptionnel je vous propose lire l’article Traversée de la Patagonie australe. De El Chaltén l’itinéraire se dirige vers le Nord en traversant le Parc National Los Glaciares, dont il sort néanmoins rapidement. Après une courte marche sur une piste de terre il arrive aux abords du Lac El Desierto qu’il contourne par l’Est sur un petit sentier offrant de très belles vue sur ce paysage typique de Patagonie. Il est également possible de prendre un ferry pour se rendre de l’autre côté du lac, mais un tel transfert coûte cher et ne présente pas d’intérêt particulier (surtout quand on est là pour marcher !). Au Nord du lac se trouve le poste de gendarmerie argentin par lequel il faut passer pour traverser la frontière vers le Chili (voir section 38).
Ponton a l’extrémité Nord du Lac El Desierto
  • Section 38 : Glaciar Chico
    Étant donné que le passage de frontière « Dos Lagos » (« Deux Lacs », en référence au Lac El Desierto au Sud, côté argentin, et au Lac O’Higgins au Nord, côté chilien) est fermé de mai à octobre (compris) je me suis retrouvé bloqué sur cette section, dans l’impossibilité de traverser la frontière pour continuer vers le Nord. L’itinéraire régulier du trail fait normalement un tour par l’Ouest sans passer par le poste frontière, mais il est tout à fait possible de se rendre au poste frontière chilien pour obtenir le tampon d’entrée une fois le tour effectué, et en ayant au préalable obtenu le tampon de sortie de territoire argentin à la section précédente. Un petit air de jeu de piste, n’est-ce-pas ? Pour ma part je n’ai pu effectuer que les premiers kilomètres de cette section sur l’itinéraire alternatif se dirigeant directement vers la frontière, pour être alors forcé de faire demi-tour par les carabineros chiliens. Je n’ai donc pas de photo de cette section à vous proposer. Une fois revenu à El Chaltén j’ai effectué un tour en stop de plus de 1,000 km pour arriver de l’autre côté du Lac O’Higgins par le Nord, et donc du bon côté de la frontière. Par conséquent j’ai manqué environ 10 km entre la frontière et le Lac O’Higgins, qu’il est normalement prévu de traverser en bateau en l’absence de sentier pour en faire le tour.
  • Section 37 : Lac O’Higgins
    La plus grande partie de cette étape est normalement constituée par la traversée en ferry du lac O’Higgins, mais pour ma part j’ai repris l’itinéraire du GPT sur sa rive Nord. Là se trouve la fin de la Carretera Austral, seule route qui permette de connecter les villages de la Patagonie chilienne au reste du monde, et qui constitue aujourd’hui un itinéraire très prisé par les voyageurs à vélo. Construite par les militaires sous Pinochet, cette route, bien qu’indispensable, constitue encore aujourd’hui une source de souvenirs douloureux pour de nombreux habitants de Patagonie, car de nombreux hommes ont perdu la vie au cours de la réalisation de ces travaux titanesques. Dans sa partie Sud, très isolée, la Carretera Austral est encore une piste de terre non goudronnée, et de nombreux passages en ferry font partie intégrante de cet itinéraire, participant à augmenter le temps de trajet énorme qu’il faut pour le parcourir. Du Nord du lac O’Higgins l’itinéraire du trail emprunte donc la Carretera Austral sur quelques kilomètres pour arriver au village de Villa O’Higgins.
Bateau échoué sur le rivage du Lac O’Higgins

Zone Aysen secteur Sud

  • Section 36 : Ruta De Los Pioneros
    La section 36 est la plus longue du trail (200 km). Elle emprunte l’ancien itinéraire qui permettait d’arriver à Villa O’Higgins, la Ruta de los Pioneros (« la Route des Colons »), aussi appelé Sendero San Lorenzo (« Sentier de Saint Laurent ») car il passe à proximité du Mont San Lorenzo (3,706 m), deuxième plus haute montagne de la Cordillère des Andes en Patagonie. Après quelques dizaines de kilomètres effectuées sur une piste passant à proximité de la frontière argentine, le trail aborde donc ce chemin qui n’a rien de facile. En effet ce trajet est aujourd’hui très peu emprunté et entretenu, et est donc envahi par la végétation, bien que quelques pobladores (« colons ») vivent encore dans cette région, isolés de tout. Après avoir longé plusieurs lacs en restant à basse altitude, l’itinéraire s’élève brutalement pour passer rapidement en Argentine par une cuvette coincée entre deux cols. Ici le marcheur se trouve exposé aux conditions météorologiques très changeantes et parfois très rudes de Patagonie. Étant donné que j’ai effectué cette section en octobre, et malgré le beau temps que j’avais les jours précédents, j’ai dû affronter à cet endroit des conditions hivernales éprouvantes avec une tempête de pluie verglacée, de la neige épaisse, et une visibilité quasi nulle. En hypothermie, ce n’est que grâce à la protection offerte par ma veste de montagne que j’ai pu continuer pour redescendre de l’autre côté en longeant un torrent, jusqu’à retrouver l’orée de la forêt. De là, le sentier reprend de manière classique jusqu’à une route passant à proximité du Glacier Calluqueo, un glacier vêlant donnant sur le lac du même nom, et dont on peut observer à l’œil nu le recul impressionnant. La route de terre mène ensuite rapidement à la petite ville de Cochrane.
Ferme typique de pobladores au pied même des montagnes
  • Section 35 : Réserve Nationale Lago Jeinimeni
    De Cochrane le trail repart par la réserve nationale Tamango, qu’il traverse par un sentier facile offrant de belles vues sur le Lac Cochrane en contrebas. Du côté Nord de la réserve il rejoint la piste de terre qui traverse le projet de parc national Patagonia, qui a pour fonction d’offrir un lieu préservé de grande superficie aux espèces typiques de Patagonie, comme le puma, le huemul (une espèce protégée de cervidé), la moufette et le guanaco (proche cousin du lama). On peut y observer de très nombreux guanacos sy déplacer librement et sans crainte de l’Homme. Cependant, ce parc national étant encore à l’état de projet, les aménagements ne sont pas prêts pour accueillir des visiteurs. On peut malgré tout le traverser, ce que fait le trail en quittant la route pour passer directement dans la réserve attenante au Lac Jeinimeni, par la Vallée Hermoso (« magnifique »), qui, cernée de montagnes, mérite bien son nom. Il traverse ensuite la rivière Jeinimeni et longe le lac qui a donné son nom à la réserve pour en sortir rapidement, et après un court passage par la route, se diriger vers un col. La marche s’y effectue en dehors de tout chemin, dans un style de cross-country, et cela allié à l’altitude et à l’environnement ouvert qui expose le marcheur aux éléments, rend cette partie de la section relativement exigeante. Néanmoins l’ascension n’est pas brutale, car il n’y a pas de pente raide, mais se fait par paliers qui permettent de répartir l’effort. Lors de ce passage j’ai à nouveau rencontré de la neige, mais disposée en plaques au milieu desquelles j’étais capable de naviguer librement. De l’autre côté du col on retrouve un large chemin qui descend en serpentant vers la petite ville de Chile Chico, offrant une vue incomparable sur le Lac Carrera (Lac Buenos Aires du côté argentin), deuxième plus grand lac d’Amérique latine après le Lac Titicaca au Pérou. Si l’on réalise cette section du Nord au Sud cette partie constitue en revanche une grosse ascension. Chile Chico, qui se trouve au bord du Lac Carrera, profite d’un microclimat particulièrement doux où se développe un environnement sec, très différent de ce que l’on peut observer dans le reste de la Patagonie. L’architecture de Chile Chico est également très particulière, et révèle bien plus d’influences latines que ce que l’on a l’habitude de voir en Patagonie.
Le projet de parc national Patagonia a pour but d’offrir un environnement privilégié pour le développement d’espèces endémiques comme le guanaco
  • Section 34 : Lago General Carrera
    Cette section est exclusivement constituée d’un transfert en ferry à travers le Lac Carrera, de Chile Chico au Sud à Puerto Ibañez au Nord.
  • Section 33 : Puerto Ibañez
    Partant de Puerto Ibañez par une route de terre, le trail s’élève vers un lac en longeant la rivière Ibañez. De là on peut profiter d’une vue incomparable sur le massif montagneux on ne peut plus majestueux de Cerro Castillo. Puis le trail redescend vers le village du même nom par un petit sentier sans difficulté.
Chemin aménagé vers le Cerro Castillo, y compris pour franchir les barrières !
  • Section 32 : Cerro Castillo / Section 31 : Valle Simpson
    L’itinéraire officiel traverse le massif montagneux de Cerro Castillo, présentant un véritable intérêt au milieu de ce paysage exceptionnel, pour ensuite se diriger vers Coyhaique, qui est la ville la plus importante se trouvant directement sur le GPT, par une route le long de la vallée Simpson, qui constitue la section 31. Néanmoins, confronté à de fortes chutes de neige lors de la première ascension à la sortie du village, je me suis vu obligé de faire demi-tour et de marcher par la route jusqu’à Coyhaique. Bien que traversant également le parc national Cerro Castillo, l’intérêt de cette marche en elle-même s’est donc révélé très peu relevé.
Le paysage de campagne qui borde la route à l’approche de Coyhaique, bien que certes mignon, ne vaut pas une traversée du PN Cerro Castillo par le cœur des montagnes…

Zone Aysen secteur Nord

  • Section 30 : Coyhaique
    À la sortie de Coyhaique l’itinéraire officiel du trail s’est révélé ne pas être utilisable, à l’époque du moins, car il traversait une zone militaire dont l’accès était interdit. J’ai donc dû faire demi-tour et repartir de Coyhaique par la Carretera Austral, pour me diriger vers le nord par un réseau de petites routes. Bien que cette section se déroule majoritairement sur route, les paysages traversés présentent un véritable intérêt, notamment parce qu’il permettent d’avoir un aperçu de la partie Est de la Patagonie, essentiellement constituée de steppes désertiques. Après un passage à proximité de la mine el Toqui, le trail retourne vers la Carretera Austral.
Dernière ligne droite sur une route tranquille avant de rejoindre la Carretera Austral
  • Section 29 : Rio Cisnes
    Sur cette section le trail emprunte la Carretera Austral en direction de Villa Amengual sur à peu près un tiers de la distance, mais bifurque finalement sur une piste de terre qu’il suit jusqu’au village La Tapera.
Bien que dangereux et peu agréable, marcher le long de la Carretera Austral permet aussi d’admirer des paysages remarquables

Zone Palena

  • Section 28 : La Tapera / Section 27 : Lago Palena
    Alors que la section 28 ne constituait à mes yeux qu’une étape vers la section Lago Palena, a priori bien plus difficile, je me suis retrouvé bloqué à la sortie du village La Tapera, dans l’impossibilité de traverser la rivière Rio Cisnes qui était alors en crue, à tel point que les habitants eux-mêmes considéraient que la traversée en bateau était impossible. Étant donné qu’il n’y avait pas d’autre voie d’accès à la section 27, j’ai pris la décision d’abandonner cette étape et de me diriger directement vers l’Argentine par une piste à travers la steppe. Du côté argentin j’ai repris vers le nord en longeant la frontière, et en contournant le lac Palena par l’Est pour finalement arriver au village de Corcovado où j’ai pu récupérer le trail.
Passerelle permettant d’accéder au village de Corcovado à la fin de l’étape
Épisode n°4 de la websérie The American Hike : de la section 26 à la section 16 du Greater Patagonian Trail.

Zone rivières et lacs argentins

  • Section 26 : Carrenleufú
    À partir de Corcovado j’ai pu revenir sur l’itinéraire principal en utilisant le réseau d’itinéraires alternatifs, important dans cette zone. En longeant la Cordillère des Andes par l’Est, la marche s’y est effectuée dans un environnement rural, et extrêmement agréable, bien que dans un premier temps le sentier ce soit avéré envahi par la végétation, et notamment par des forêts de bambous. Au lieu de m’arrêter au village d’Aldea Escolar qui constitue à la fin de cette section, j’ai poussé un petit peu plus loin pour rallier la ville de Trevelin où j’ai pu me ravitailler.
La campagne tranquille à travers laquelle s’effectue une bonne partie de la marche
  • Section 25 : Aldea Escolar
    De Trevelin j’ai à nouveau utilisé le réseau de sentiers alternatifs afin de rejoindre l’itinéraire principal, au cours d’une marche qui s’est avéré très similaire à celle de la section précédente, dans un environnement de campagne. Vers la fin de la section, le trail pénètre dans le Parc National Los Alerces par une zone de forêt récemment ravagée par un incendie.
Et oui, rencontrer des bambous est fréquent au Chili, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas les amis des marcheurs !
  • Section 24 : Parc National Los Alerces Tierra                                                      

Au cours de cette section le trail traverse le Parc National Los Alerces, au milieu d’un paysage grandiose de lacs et de forêts. On y trouve notamment les arbres qui ont donné leur nom à ce parc national, des géants qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’années, mais qui à cause de l’exploitation forestière du siècle dernier sont aujourd’hui au bord de l’extinction. Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’en rencontrer sur mon chemin, le trail suivant ici l’itinéraire de la Huella Andina, dont les sentiers sont aujourd’hui à l’abandon par manque d’entretien et de volonté politique. Depuis l’extrémité Sud du Lac Futalaufquen, l’itinéraire principal du trail se dirige vers l’Ouest jusqu’à un ferry, pour traverser le lac vers le Nord. Mais étant donné que le sentier emprunté semblait être dans un état déplorable, j’ai choisi de contourner le lac par l’Est en utilisant la route traversant le parc national. Depuis l’extrémité Nord du Lac Futalaufquen, l’itinéraire principal reprend à proximité de la route pour atteindre le Lac Rivadavia qu’il longe vers le Nord, et finalement sortir du parc national en atteignant le village du même nom.

En plus des alerces, on rencontre dans le Parc National de nombreux arbres endémiques, comme cet arrayán reconnaissable à son écorce orange.
  • Section 23 : Lago Puelo
    Depuis le village Rivadavia le trail emprunte une route pour rapidement bifurquer vers le lac Cholila, paradis des pêcheurs. Quittant les abords du lac, un sentier s’élève vers la montagne surplombée par les iconiques sommets Los Tres Picos. Au début praticable, le sentier disparaît rapidement en abordant une rivière puissante qu’il longe pour progresser vers les sommets. Étant donné que le trail a ici presque complètement disparu, il s’agit d’une partie où il faut progresser parfois en bush-bashing, et parfois dans le lit de la rivière. Pour ma part j’ai fait l’erreur d’aborder cette section très tôt dans l’année, et la rivière étant en crue et je me suis trouvé dans l’incapacité de suivre l’itinéraire, ce qui m’aurait bien facilité la tâche même en l’absence de sentier à proprement parler. J’ai donc dû tracer mon propre chemin en essayant de rester au plus près de la rivière, à un rythme de 15 km par jour, alors que je pensais être capable d’en faire 30. Une fois arrivé à proximité de la source du torrent, le trail s’en sépare pour aborder une partie plus alpine de 15 km également. Il s’agit de passer trois cols tous plus raides les uns que les autres, et qui en présence de neige constituent une véritable course d’alpinisme pour laquelle je conseillerais de se doter de crampons et d’un piolet. Mais une fois le troisième col passé la récompense est au rendez-vous, une vallée immense s’ouvrant aux pieds du marcheur pour offrir une vue qui paraît infinie. La descente cependant ramène bien vite à la réalité, le long d’une pente extrêmement abrupte. L’itinéraire pénètre ensuite dans le Parc National Lago Puelo pour longer le lac du même nom sur un sentier plus classique. Mais à seulement 10 km de la fin, je me suis retrouvé bloqué dans une zone dévastée par un incendie. J’ai donc été obligé de faire demi-tour et de me diriger par la route vers la ville de El Bolsón. Cette section du trail constitue à mes yeux l’itinéraire de randonnée le plus difficile que j’aie jamais suivi, et sans aucun doute le plus exigeant sur le GPT, du fait de ces 15 kilomètres le long de la rivière et des 15 km suivants sur la partie alpine.
Passage de montagne au pied de Los Tres Picos

Zones rivières et lacs chiliens

  • Section 22 : Cochamó
    Étant complètement sorti de l’itinéraire du trail pour me rendre à El Bolsón, je me suis rendu au début de la section suivante par la route. Du village Lago Puelo le trail longe le lac puis la rivière du même nom pour passer la frontière vers le Chili par un passage uniquement praticable à pied ou à cheval. L’itinéraire principal continue vers le Nord à travers une zone de campo où il est nécessaire d’arranger des traversées de rivière avec les habitants locaux. Étant donné que cela m’a paru très compliqué, j’ai évité cette partie en empruntant une route de terre un peu plus à l’Est. Une fois la rivière passée par un pont, j’ai récupéré l’itinéraire principal qui se dirige dans la montagne par un sentier emprunté et entretenu par les arrieros. Contournant le massif montagneux principal, le sentier franchit un col et redescend vers la vallée de Cochamó, surnommée de façon très juste le « Yosemite chilien » en raison des formations granitiques exceptionnelles que l’on peut y observer. À la sortie de la vallée, le trail rejoint une route qu’il emprunte jusqu’au village du même nom, que borde un fiord immense. De là j’ai pris un bus afin de me rendre à Puerto Montt pour effectuer mon ravitaillement. À partir de cette latitude le trail quitte officiellement la Patagonie du côté chilien.
Un air de Yosemite règne sur la Vallée de Cochamó
  • Section 21 : Lago de Todos los Santos
    À partir de Cochamó l’itinéraire principal continue sur la route, pour finalement s’en séparer et se diriger vers le lac Todos los Santos par un sentier bien entretenu. Pour traverser ce lac il faut arranger un transfert avec les habitants locaux, ce qui s’est avéré très cher et très peu pratique, puisque n’ayant pas pu prévenir à l’avance de mon arrivée j’ai dû attendre une journée entière sur le bord du lac. Cette traversée offre cependant une vue incomparable sur les volcans Osorno, Puntiagudo, et Tronador, qui préfigurent les nombreuses traversées de volcans à venir. Depuis la rive Nord du lac le trail reprend pour traverser un parc national, sur un sentier pourtant assez peu attractif.
Le chemin creusé dans la roche friable révèle les strates géologiques qui composent le sol, véritable peinture tout en nuances
  • Section 20 : Volcán Antillanca
    La section débute directement par l’ascension du volcan Antillanca, qui s’effectue à travers une végétation dense, s’ouvrant finalement sur une zone d’altitude semi désertique au pied du volcan Casablanca qui est attenant au volcan Antillanca, mais dont le sommet en forme de dôme est bien plus impressionnant. Antillanca est le seul volcan au sommet duquel l’itinéraire principal se rend véritablement, et le gravir le long de pentes enneigées, avec un paysage immense en contrebas, confère un sentiment extrêmement fort. Une fois le sommet passé, l’itinéraire redescend de l’autre côté de manière assez similaire à l’ascension, pour atteindre une zone de forêt qu’il traverse jusqu’au village Anticura, ou s’achève cette section.
L’élégant profil du volcan Casablanca depuis le flanc du volcan Antillanca. La brume que l’on observe au-dessus du sol est due à l’évaporation de la neige sous l’effet de la chaleur émanant du volcan.
  • Section 19 : Volcán Puyehue
    Après une courte marche sur route, l’itinéraire se met à grimper de manière brutale vers le volcan Puyehue. Bien que la plupart des randonneurs qui se rendent au sommet ne fassent qu’un simple aller-retour, le trail effectue une traversée de 15 km en altitude par un itinéraire extrêmement peu fréquenté, et que j’ai dû effectuer avec une quantité de neige encore importante en ce début de saison. Les conditions météorologiques au début idéales se sont rapidement dégradées, et j’ai terminé cette traversée avec une visibilité complètement nulle, me guidant à l’aide de mon seul GPS. Métant mis à courir dans la neige en voyant les conditions empirer, j’ai ressenti après cette journée une très vive douleur musculaire au pied, me forçant à prendre un jour de repos. Une fois la partie en altitude achevée l’itinéraire rejoint rapidement une piste de terre bien plus facile, qu’il emprunte presque jusqu’à la fin de la section au village Maihue, après avoir longé le lac du même nom. Seule difficulté sur la fin de cette étape, la traversée à gué d’une rivière importante, le Rio Hueinahue, qui était en crue lorsque je m’y suis présenté. Pour autant, il est possible d’éviter cette traversée en empruntant un pont quelques kilomètres plus loin.
Une nappe de brouillard se coule lentement sur les volcans, et bientôt le ciel et la neige se confondront ensemble sous la même chappe blanche
  • Section 18 : Lago Pirihueico
    Repartant de Maihue, le trail emprunte une route pour rejoindre un chemin utilisé pour l’exploitation forestière, et pénètre bientôt au sein de la réserve privée Huilo Huilo, où sont réintroduits des huemules (espèce endémique de cervidés). Après une vingtaine de kilomètres l’itinéraire principal traverse la rivière qu’il longeait jusqu’alors, par un vieux pont encore debout, pour ensuite passer un col et enfin redescendre de l’autre côté vers le Lac Pirihueico. Mais souffrant encore de mon pied, j’ai fait le choix d’emprunter une voie d’accès bien plus facile, normalement réservée aux urgences, menant directement à la fin de la section à Puerto Fuy sans passer par le lac. Sur ce chemin j’ai été intercepté par des gardes forestiers de la réserve, qui après quelques explications m’ont laissé la voie libre. Je suis ressorti à Puerto Fuy par une propriété privée dont l’accès est impossible en venant du Nord.
Un pont est le bienvenu pour traverser ces flots
  • Section 17 : Liquiñe
    De Puerto Fuy le trail longe le lac Pirihueico sur une petite distance, pour ensuite bifurquer franchement vers le Nord par une zone de forêt. Le sentier n’y est pas véritablement entretenu, et la progression s’avère parfois très difficile. Mais à l’approche d’une zone agricole le chemin s’élargit et devient finalement une véritable route qui redescend en serpentant vers le village de Liquiñe. De là l’itinéraire suit la route principale jusqu’à l’intersection qui marque la fin de la section.
Luttant contre la végétation au Nord du Lac Pirihueico, la progression s’est parfois avérée compliquée, mais toujours aussi belle !

Zone Pehuenche

  • Section 16 : Volcán Quetrupillan
    De cette intersection le trail embranche sur une piste qui s’élève dans la forêt pour devenir petit à petit un sentier de randonnée classique, tout à fait praticable. L’ascension est régulière et ne présente pas véritablement de difficulté, jusqu’à ce que l’on accède à la zone exposée en altitude aux alentours du volcan Quetrupillan. Il est fréquent de rencontrer de la neige sur ce circuit balisé, mais sans que cela ne constitue un véritable obstacle. J’ai fait le choix de rester sur l’itinéraire de randonnée balisé, considérant que c’était plus prudent étant donné que j’attendais un changement des conditions météorologiques, alors que l’itinéraire principal du trail s’en sépare pour se diriger vers le Nord et redescendre directement sur Curarrehue à la fin de la section. Pour ma part je me suis donc dirigé dans un premier temps vers l’Est tout en restant en altitude, et après un court passage en Argentine je suis redescendu vers la route et l’entrée officielle du Parc National Villarrica dont fait partie cette randonnée. De là je suis remonté vers Curarrehue par une petite route agréable longeant la route principale, elle bien plus fréquentée.
La traversée complète du Parc National Villarrica est un itinéraire de plusieurs jours accessible à tout randonneur expérimenté, et que, bien que ne l’ayant pas réalisée en entier, je conseille fortement à la vue des paysages grandioses que j’y ai découvert.
Épisode n°5 de la websérie The American Hike : de la section 15 à la section 7 du Greater Patagonian Trail.
  • Section 15 : Curarrehue
    Le trail emprunte la route de gravier qui va de Curarrehue à Reigolil, et fait un petit détour par le lac Hualalafquén, seul véritable intérêt de cette étape.
Jeux de lumière au coucher du soleil sur la route de Reigolil
  • Section 14 : Volcán Sollipulli
    Contrairement à ce que peut laisser entendre le nom de cette section, il ne s’agit en rien d’une traversée de volcan telles celles d’Antillanca, Puyehue ou Quetrupillan. L’itinéraire passe seulement à proximité du volcan en empruntant la piste qui continue de Reigolil et traverse une petite partie de la Réserve Nationale Villarrica. L’itinéraire bifurque ensuite vers l’Est pour emprunter un chemin qui traverse une zone de forêt, et redescendre finalement vers le village d’Icalma au bord du lac du même nom.
La piste de la Réserve Nationale Villarrica traverse des forêts d’araucarias, ces grands conifères en forme de parasol qui ne poussent que dans cette région du monde
  • Section 13 : Laguna Icalma
    De là le trail contourne le lac Icalma et emprunte une petite route en direction du village Liucura, mais s’en sépare rapidement pour pénétrer au milieu d’un environnement extrêmement sec où paissent des troupeaux de chèvres.
Le long du chemin vers Liucura on retrouve un peu des paysages désertiques de la steppe
  • Section 12 : Rio Rahue
    Rio Rahue est l’une des sections les plus scéniques sur le trail, avec beaucoup de marche sur crête ou de passages de col qui offrent des vues splendides sur les vallées en contrebas. Autre avantage, la marche y est d’un niveau tout à fait abordable pour un randonneur, et plus surprenant, homogène. C’est-à-dire que le marcheur n’y est pas surpris par une partie exceptionnellement difficile comparée au reste. En effet la marche s’effectue généralement sur de très bons sentiers entretenus par les puesteros (bergers restant en altitude pendant l’estive, dans des refuges appelés puestos)hormis lors des passages en altitude où la progression se fait généralement en cross-country. Après une longue et douce ascension, la fin de l’étape s’effectue par le passage en altitude le plus important, où le trail passe à proximité de sources d’eau chaude impressionnantes que survolent les condors. De là il est possible de se diriger directement vers la section suivante plus au Nord, mais cette zone est souvent touchée par des éboulements, raison pour laquelle je conseillerais fortement de rester sur l’itinéraire principal malgré la tentation que représente ce raccourci. Si l’on suit l’itinéraire jusqu’au bout, le chemin redescend vers un poste de carabineros (gendarmes) où un bus passe trois fois par semaine.
La cerise sur le gâteau ?… Ces paysages exceptionnels ne sont absolument pas connus du grand public, voilà la magie du GPT !
  • Section 11 : Cerro Dedos
    Cette section n’est constituée que du passage d’un seul col, dont j’ai trouvé l’ascension du côté Sud extrêmement compliquée, non pas d’un point de vue technique ou physique, mais car l’itinéraire m’est apparu comme extrêmement flou. En effet, le sentier disparaît à plusieurs reprises, et d’autres itinéraires plus anciens apparaissent, souvent inutilisables, ce à quoi s’ajoutent de nombreuses éboulements. Pour effectuer cette section il est donc indispensable de naviguer avec un itinéraire GPS précis et à jour. La descente de l’autre côté s’effectue le long d’une vallée par un sentier bien plus aisé, qui se transforme finalement en route en arrivant au petit village de Guallali.
Se retourner au passage d’un col pour jeter un dernier coup d’œil au chemin parcouru…
  • Section 10 : Laguna El Barco
    De Guallali l’itinéraire repart en empruntant une petite route, et bifurque au niveau du lac El Barco pour aborder une courte ascension menant au plateau situé au-dessus. De là l’ascension continue de manière régulière sur un itinéraire facile, traversant un environnement extrêmement sec où l’on peut observer de nombreux bosquets d’araucarias, conifère qui est l’un des symboles du Chili, et qui se dresse au-dessus du sol tel un parasol végétal, pour confier au paysage sa silhouette à la fois alpine et exotique. Le passage du col s’effectue sans même qu’on le remarque, et l’itinéraire redescend vers le petit village de Trapa Trapa.
Pas un araucaria, mais une invitation à la lenteur et à la contemplation des petites choses

Zone Arrieros

  • Section 9 : Volcán Antuco
    À la sortie du village l’itinéraire se dirige directement dans la montagne pour aborder une ascension abrupte et courte menant à un petit col. Le sentier redescend ensuite de manière très douce vers la route du passage international Pichachén, qu’il atteint au milieu d’un environnement ouvert offrant de très belles vues sur les montagnes alentours, et notamment sur le volcan Antuco vers lequel se dirige le trail en empruntant sur quelques kilomètres cette route qui n’est autre qu’une piste de terre. S’ensuit le passage d’un col au pied du volcan, traversant un paysage lunaire recouvert de poussière volcanique noire. Une fois redescendu de l’autre côté, l’itinéraire rejoint la route qui mène au village Abanico, où s’achève la section.
Après avoir passé le col vers le Nord, on se retrouve dans un champ de pierres volcaniques de toute beauté
  • Section 8 : Volcán Chillán
    Reprenant sur la route, le trail se dirige vers une zone d’altitude en traversant un plateau dont l’accès est normalement interdit, mais auquel j’ai pu accéder avec l’autorisation des propriétaires rencontré.e.s en chemin. De l’autre côté de ce plateau, une courte mais exigeante ascension mène sur la ligne de crête qui, surplombant la Laguna Las Lajas, offre de somptueuses vues sur le paysage alentour, avec le Volcan Antuco et la Sierra Velluda au Sud. Cette partie constitue sans aucun doute un temps fort de cette section, et peut-être même l’un des passages les plus attrayants de tout le trail. Une fois redescendu à l’extrémité de la Laguna, l’intérêt se fait moindre et le trail progresse par deux petits cols en suivant de petits sentiers alternant avec un passage sur une piste, pour finalement arriver au pied de l’ascension vers le volcan Chillán. La pente, au début très abrupte, s’adoucit en arrivant dans la zone désertique d’altitude, et après avoir traversé un cratère recouvert de prairies où coulent des rivières d’eau chaude, une dernière véritable montée mène au col principal. De l’autre côté une courte traversée s’effectue dans un environnement exceptionnel, recouvert de cendres volcaniques, et où trônent de gros blocs de pierre vitrifiée. Après une dernière ascension surprise, l’itinéraire se complique pour redescendre vers la vallée, qu’il atteint finalement au niveau d’une traversée de rivière extrêmement exigeante. D’autres marcheur.e.s ont dû ici faire demi-tour car incapables de traverser pour des raisons purement physiques. Mais de l’autre côté de la rivière, l’itinéraire rejoint d’une piste sur laquelle il est bien plus facile de marcher, et qu’il emprunte jusqu’à la fin de la section.
La lumière rasante du couchant met en évidence la profusion de montagnes qui se profilent à l’horizon
  • Section 7 : Laguna Dial
    Traversant une zone habitée, le trail continue sur cette route pendant quelques dizaines de kilomètres, en longeant la rivière Los Sauces, où viennent se baigner des touristes locaux pendant la période estivale. Il traverse ensuite la rivière par un petit pont, et emprunte un sentier équestre le long duquel se trouvent de nombreux puestos, pour finalement franchir un col donnant sur l’extrémité Ouest de la Laguna Dial, qu’il longe par un sentier à flanc de montagne. Une fois le deuxième col passé à l’autre extrémité de la Laguna, le trail commence à redescendre de manière douce et continue le long d’une immense vallée où paissent des troupeaux de vaches. Mais au lieu de rejoindre la route principale qui traverse la vallée, l’itinéraire traverse la rivière, et après deux petites ascensions se positionne au pied de la dernière montée. Bien que paraissant impressionnante sur le profil topographique, elle ne présente aucune difficulté, le trail empruntant dans un premier temps une piste où il est extrêmement facile de marcher, puis un petit sentier qui bien que parfois effacé est également facile à suivre jusqu’au col que l’on passe sans même s’en apercevoir, au milieu d’un paysage ouvert de pâturages. De l’autre côté le trail redescend de manière plus brutale, mais sans néanmoins que cela ne constitue une véritable difficulté, et rejoint finalement la route du passage international Pehuenche qu’il s’agit de suivre jusqu’au village La Mina, où se trouvent les thermes El Medano qui est un haut lieu touristique au plus fort de la saison. Étant donné que cette route est goudronnée et fréquentée, il peut être dangereux d’y marcher, prudence est donc de mise.
Malgré la sécheresse du climat, trouver de l’eau ne présente pas de difficulté particulière lorsqu’il y a de grosses chutes de neige en hiver
Épisode n°6 de la websérie The American Hike : de la section 6 à la section 1 du Greater Patagonian Trail.
  • Section 6 : Volcán Descabezado
    Pour accéder à cette section il faut demander un permis à la station hydroélectrique Los Cipreses, qui se situe directement le long de la route Pehuenche, afin d’être autorisé à traverser cette zone privée en direction de la montagne. Cependant, étant donné que je n’ai jamais reçu ce permis de leur part, et cela bien que j’aie envoyé tous les documents demandés, et qu’ils accordent normalement cette autorisation de manière systématique, j’ai décidé de m’en passer pour traverser. Par chance je n’ai pas rencontré de difficulté, et j’ai pu aborder tranquillement la partie de montagne avec le passage d’un premier col juste à côté du cratère Los Hornitos. De l’autre côté de la Laguna Los Hornos, qui se trouve à ses pieds, un second col s’ouvre sur le spectacle splendide d’une vallée que surplombent les volcans Cerro Azul, et surtout le majestueux Descabezado Grande. De là le trail pénètre dans une zone recouverte par une poussière volcanique blanche, qui donne à cet endroit un air véritablement lunaire, et qui a fait la réputation de la randonnée officielle permettant d’en faire le tour, le « Condor Circuit« . C’est ce circuit touristique que le trail rejoint en traversant un plateau recouvert de gigantesques blocs de roche noire, propulsés par le volcan lors d’éruptions antérieures. Empruntant le Condor Circuit, le trail continue vers un col, dont l’ascension, bien que relativement douce, s’avère épuisante à patiner constamment dans ce sable de pierre ponce. Dans cet environnement à la fois désertique et alpin il n’existe aucune ombre, et le soleil écrasant se réfléchit sur les surfaces d’une blancheur éclatante. Une fois redescendu de l’autre côté en suivant le vallon creusé par un torrent, l’itinéraire principal continue sur le Condor Circuit et s’élève à nouveau vers le passage Los Animas. Pour ma part j’ai pris un raccourci continuant à descendre le long de la rivière, dans l’optique d’enchaîner directement avec la section suivante. J’ai ainsi évité la dernière difficulté de cette section, et la première de la section suivante.
Première vue sur le Descabezado Grande… Pas étonnant que la mâchoire m’en tombe sur l’instant.
Je n’ai pas pu résister à l’envie de vous proposer également une photo du Condor Circuit, dans le vif du sujet !
  • Section 5 : Rio Colorado
    Depuis le lit caillouteux de la rivière Mondaca j’ai donc directement rejoint l’itinéraire principal de la section 5, qui se dirige vers l’Est pour, une fois la Laguna Mondaca dépassée, s’élever de pallier en pallier par de petits plateaux d’où se déversent d’immenses cascades. Le passage de ce col ne constitue pas de véritable difficulté, mais c’est une fois redescendu aux abords du Rio Colorado que cette étape se révèle dans toute sa complexité. En effet, le trail commence par longer la rivière le long d’un itinéraire où le chemin disparaît parfois complètement, pour accéder à un pont permettant de traverser les flots déchaînés du Rio Colorado. De là, le principe est simple : il suffit de viser le passage entre deux pics et de grimper de quelque manière que ce soit sur une pente extrêmement raide, la Cuesta Las Hormigas (la « Côte des Fourmis »). La seule autre section qui présente une partie aussi exigeante sur le trail est celle de Lago Puelo. Mais une fois le sommet atteint les difficultés ne s’arrêtent pas là, car il faut encore traverser le tumultueux Rio Negro, puis remonter de l’autre côté sur une pente tout aussi raide, mais où la trace à peine visible d’un sentier facilite la tâche. Après cette deuxième ascension le trail reprend des airs de randonnée « normale », et passe un col, puis un deuxième, avant d’entamer la dernière descente. Peu après avoir dépassé un puesto situé sur un grand plateau recouvert de pâturages, l’itinéraire rejoint la piste qu’il emprunte sur 30 km pour arriver au village Los Queñes.
Première série de cascades, et l’œil ne sait déjà plus où donner de la tête…

Zone Précordillère

  • Section 4 : Alto Huemul
    Repartant de Los Queñes par la route, le trail s’engage rapidement sur un petit chemin qui monte au milieu de la forêt, en longeant une rivière qui offre de beaux bassins pour se baigner dans la chaleur parfois insoutenable des après-midi d’été. Cette section est de manière générale d’un niveau très abordable. Cependant en sortant de cette partie boisée, la partie finale de l’ascension s’avère très compliquée, empruntant une ligne de crête herbeuse mais très raide en l’absence de sentier, et cela surprend par rapport au reste. Mais une fois atteint le premier lac, le sentier réapparaît et permet de franchir un premier col, directement suivi d’un deuxième petit lac, puis du second col. De là l’itinéraire redescend vers une route à proximité du village Sierras Bellavista, lieu particulièrement prisé par les touristes chiliens venant de Santiago, qui profitent ici en nombre de la rivière et du lac en contrebas. Du fait de la forte fréquentation de ce lieu, la marche sur route qui s’ensuit peut s’avérer compliquée pour rejoindre le village Agua Buena qui constitue la fin de cette section.
Un petit côté pyrénéen, vous ne trouvez pas ?
  • Section 3 : Rios Claros
    La route sur laquelle continue le trail à partir d’Agua Buena disparaît progressivement pour laisser place à un sentier, qui, bien entretenu, permet d’aborder sereinement l’ascension pourtant abrupte vers les hauteurs. L’itinéraire reste en altitude pendant quelques kilomètres, partie pour laquelle il faut transporter suffisamment d’eau, étant donné que l’environnement est très sec et que l’on ne trouve le premier point d’eau qu’une fois la descente bien entamée. Une fois redescendu l’itinéraire traverse une rivière et remonte directement vers un deuxième col. Tout comme la section précédente, le niveau général est très abordable, mais il se trouve à nouveau ici une petite partie très exigeante qui peut surprendre. En effet, le sentier disparaît au sein d’un matorral extrêmement dense, et il s’agit de progresser en bush-bashing sur une distance heureusement courte. Le matorral s’efface ensuite, facilitant la marche, et le sentier réapparaît en abordant le col qui ne présente en soi pas de difficulté. Il continue à flanc de montagne pour traverser une vallée le long de laquelle coule une rivière, puis traverse vers le Nord en empruntant un chemin direct traversant quelques rivières et quelques déclivités, sans que cela ne présente aucun obstacle. Peu avant la fin de l’étape, le trail emprunte une petite piste de terre dont il se sépare pour rejoindre Coya à travers une propriété privée. Mais étant donné que le GPT n’est pas un trail officiel, les propriétaires en ont rendu l’accès impossible, et pour arriver à la fin de la section il faut donc marcher sur la route qu’empruntent les camions en provenance de la mine El Teniente.
Four à charbon traditionnel, trouvé au détour d’un sentier
  • Section 2 : Mina El Teniente / Section 1 : Cerro Purgatorio
    Après avoir marché par la route depuis Coya, j’ai abordé le véritable début de la section 2 par un petit sentier grimpant sur les crêtes. Mais là le sentier disparaît, et bien que la garrigue qui recouvre ici la montagne soit suffisamment espacée pour progresser en cross-country, les pentes abruptes et glissantes compliquent grandement la tâche. J’ai fini par véritablement glisser, et mes chaussures qui étaient déjà en piteux état se sont définitivement désintégrées. Je me suis donc vu obligé de retourner en ville pour en racheter une nouvelle paire, et j’ai fait le choix de ne pas retourner sur le trail à cause des difficultés rencontrées sur ce début de section. Je n’ai donc pas effectué les sections 2 et 1, qui m’auraient permis de découvrir les abords de la mine El Teniente, plus grande mine souterraine au monde, d’atteindre le point le plus haut du trail à 3,300 m d’altitude, et surtout d’arriver à Santiago par la Cordillère des Andes au lieu de le faire par la route comme cela s’est finalement produit. Mais la vraie raison de mon abandon je la connais bien : aussi proche du but j’ai relâché la pression deux étapes avant la fin, et le moral n’a pas suivi quand il s’agissait de se remobiliser… Me voilà prévenu pour la suite !
Les paysages m’apportent toujours un peu de réconfort malgré cette fin décevante

3. Conseils pratiques

Ravitaillements

Dans la partie Sud du trail les villes où il est possible de se ravitailler se situent souvent sur l’itinéraire même du trail : El Chaltén, Cochrane, Chile Chico, et bien sûr Coyhaique, plus grande ville traversée par le GPT, bien qu’en réalité de taille relativement modeste. Quant à la longueur des sections entre chaque point de ravitaillement, elle est relativement classique, soit environ 1 semaine à chaque fois. Le principal inconvénient en Patagonie est que les prix sont élevés puisque tout est importé. Ne vous attendez donc pas à faire des économies sur vos ravitaillements.

En revanche plus au Nord il faut en général sortir du trail pour se rendre dans une ville : Trevelin/Esquel en Argentine, Puerto Montt/Puerto Varas, Temuco, Los Angeles, Talca, Rancagua, etc.. Cela est dû à l’organisation même du pays, qui est coupé en deux d’un point de vue géographique, économique, et culturel, entre la Cordillère à l’Est où progresse le trail mais où la densité de population et le développement économique sont très faibles, et les plaines bordant l’Océan Pacifique à l’Ouest, où se trouvent des villes semblables à ce que l’on peut trouver en Europe. Heureusement pour se rendre en ville depuis la Cordillère des lignes de bus sont installées partout dans le pays, même jusque dans les coins les plus reculés, et le découpage des sections a été effectué de manière à permettre au marcheur de se rendre à un point de ravitaillement à chaque terminus de chaque section. Néanmoins, pour éviter d’avoir à faire un aller-retour par le bus à chaque fin de section (bien que les prix et le temps de trajet soient toujours très corrects), je conseillerais de combiner plusieurs sections, poussant ainsi une semaine voire 10 jours avec un seul ravitaillement. Par ailleurs, dans ces grandes villes il est toujours possible de trouver des boutiques d’outdoor, et bien que le choix ne soit pas toujours très large, il s’agit en général de matériel sérieux.

Autrement, il existe également des solutions sur le trail même. Premièrement, les villages qui constituent les terminus des étapes sont généralement pourvus de minishops dans lesquels il est tout à fait possible de faire des courses pour plusieurs jours, le choix étant simplement très restreint. Par exemple, dans le village d’Icalma j’ai réussi à faire des courses pour 10 jours, et cela ne m’est pas revenu plus cher que dans un supermarché classique. Deuxièmement, il est tout à fait possible de se ravitailler de manière ponctuelle et pour des besoins spécifiques auprès des habitants, notamment dans les zones reculées. Cela peut-être par exemple acheter du pain frais, des sopaipillas (galettes frites), des œufs, du miel, du fromage, et même de la viande (cabris, brebis, veau) que vous n’aurez bien sûr pas à préparer vous-même. Bien que j’ai relativement peu pratiqué ce type d’échanges, cela permet surtout de faires des découvertes culturelles. L’échange commercial n’est que secondaire.

Que demande le peuple !

Abris et campements

Je ne peux pas affirmer avec certitude que le camping sauvage soit légal au Chili et en Argentine, mais de par mon expérience il m’apparaît certains que cela ne représente aucun risque, en particulier dans les zones naturelles, mais également à proximité des villes. Les seules fois où quelqu’un est venu toquer à ma tente c’était pour savoir si tout allait bien, et même pour me proposer un lit. En revanche, étant donné que je suis un homme, je ne peux pas affirmer que ce soit aussi sûr pour une femme seule, en particulier quand on sait qu’en Patagonie la population se heurte à de graves problèmes de machisme.

Concernant les abris il n’existe pas de réseau de refuges officiel comme ce que l’on peut trouver en Europe ou en Nouvelle-Zélande, ou encore sur l’Appalachian Trail aux États-Unis. Je n’ai rencontré que quelques véritables refuges et abris à destination des marcheurs dans quelques Parcs Nationaux, mais cela n’a rien de systématique. Cependant il est possible de profiter des refuges construits et utilisés par les habitants eux-mêmes, et notamment de ce que l’on appelle des puestos, qui sont des cabanes où vivent les bergers/cow-boys (puesteros ou arrieros) qui gardent les bêtes dans la montagne pendant la période estivale, sur un mode de transhumance traditionnelle. En dehors des mois où les puesteros occupent les puestos, il est possible de les utiliser librement car ils restent généralement ouverts. Bien sûr, il est indispensable d’être toujours respectueux vis à vis de ces ressources qui ne peuvent être mises à la disposition des marcheur.se.s que dans le cadre de la culture traditionnelle du campo (« campagne »). Ainsi, et de manière générale, le.a marcheur.se sur le GPT n’est qu’un.e invité.e sur les terres d’autrui, et doit donc se comporter comme tel.le. Néanmoins cet.te invité.e que nous sommes est toujours le.a bienvenu.e, fait surprenant à nos yeux d’Européen.ne.s habitué.e.s à un mode de vie moderne, où la tendance est au repli sur soi. C’est pourquoi, lorsqu’a sonné l’heure de la transhumance et que les arrieros occupent les puestos, il ne faut pas hésiter à aller toquer à leur porte pour demander un abris et partager une conversation. Alors que l’on a tendance à penser que l’on va déranger, il n’en est rien, et cela fait toujours plaisir aux arrieros d’avoir de la visite de la part d’un.e étranger.e respectueux.se. Lorsque vous arrivez à proximité d’un puesto, veillez simplement à signaler votre présence en fredonnant ou en sifflotant, afin de ne pas surprendre les Hommes et les bêtes.

Dans le campo il n’est pas rare de se faire inviter. À titre d’exemple j’ai été invité à partager le dîner des deux arrieros qui faisaient leur estive dans ce puesto, sur la section du Rio Colorado.

Navigation

Sur le GPT il n’existe presque pas de balisage, et en tous cas aucun balisage homogène qui serait propre au trail, et cela pour deux raisons. Tout d’abord parce que le GPT n’est pas un trail officiel, il n’existe donc absolument aucune indication spécifique au GPT, qu’il s’agisse de balises, de panneaux, de prospectus, de conseils de la part des gardes forestiers, ou quoi que ce soit. Et deuxièmement parce que la randonnée n’est absolument pas une pratique traditionnelle dans cette région du monde. Les chemins empruntés sont donc prévus pour des cavaliers qui connaissent bien souvent les itinéraires sur le bout des doigts, et n’ont donc pas besoin d’être guidés.

De ce fait la navigation par GPS est essentielle, grâce aux tracés fournis par Jan Dudeck sur la page wikiexplora du GPT. De plus un GPS ou une application GPS sur téléphone est nécessaire lorsque l’on progresse en l’absence de chemin, ou sur un chemin non entretenu et envahi par la végétation. Notez bien que pour ne pas avoir de mauvaise surprise une fois sur le terrain, il est préférable d’apprendre à utiliser son GPS avant même de partir à l’autre bout du monde. Par ailleurs vos enregistrements GPS permettront également d’enrichir la base donnée que Jan Dudeck collecte, afin de tenir à jour et d’améliorer le tracé de ce trail participatif… Du donnant-donnant en somme !

Un déchet ? Non, du balisage.

Traversées de rivière

Certaines traversées de rivière s’avèrent extrêmement exigeantes, même en conditions normales, et il s’avère parfois tout à fait impossible de traverser des rivières qui sont en crue, notamment au printemps lorsque la neige qui fond vient remplir les cours d’eau. C’est pourquoi sont si importantes les indications des périodes appropriées pour chaque section, que l’on trouve dans le manuel du GPT (disponible en téléchargement sur la page wikiexplora). Il est tout à fait possible d’effectuer une section sans aucun problème, et de se retrouver bloqué.e au dernier kilomètre par une traversée de rivière, alors que de l’autre côté se trouve une route. J’en profite donc pour rappeler qu’une marge en matière de nourriture représente une sécurité essentielle pour ce genre de situation, en particulier sur le GPT où cela se produit régulièrement du fait des conditions météorologiques changeantes. Pour en apprendre un peu plus sur les techniques de traversée de rivière je vous invite à vous diriger vers cet article portant sur un autre trail de longue distance en Nouvelle-Zélande, et dans lequel vous trouverez un carton dédié à cette question. Il est cependant important d’être conscient que cela ne dépend pas uniquement de l’expérience et de la technique, mais également, ce qui est plus frustrant, du physique. Une personne d’1m80 sera peut-être capable de passer là où une personne d’1m70 ne le sera pas. De plus il est important de garder en mémoire que le fait de marcher à plusieurs constitue une sécurité importante, notamment car le trail est extrêmement peu fréquenté et traverse des zones parfois complètement désertes. Si vous marchez seul.e il est donc indispensable que vous ayez un moyen de contacter les secours, que ce soit une balise de détresse ou un téléphone satellitaire. Dans le cadre des traversées de rivière, être à plusieurs permet d’appliquer des techniques bien plus efficaces, permettant de traverser des rivières d’un niveau plus difficile.

En l’absence de pont c’est passage en tyrolienne obligé pour tout le monde : Hommes, bêtes et marchandises !

Propriétés privées

Comme indiqué plus haut, étant donné que le trail n’est pas officiel, il emprunte un réseau d’itinéraires de différents types mais qui ont bien souvent en commun de traverser des propriétés privées, que cela soit indiqué de manière explicite ou non. Il arrive tout d’abord de manière très claire que l’itinéraire pénètre sur des terrains privés. Pour se faire, on devient très vite maître dans l’art de sauter des clôtures et d’ouvrir des portails, le tout en évitant les barbelés. Il arrive aussi régulièrement de croiser les propriétaires des terrains, et de leur demander l’autorisation de traverser, qui sauf exception sera toujours donnée si vous vous montrez avenant.e et expliquez clairement vos intentions. Il m’est par exemple arrivé à plusieurs reprises de pénétrer sur une propriété privée alors que cela était clairement interdit, d’y rencontrer le propriétaire ou le responsable, et d’obtenir son autorisation en lui montrant ma bonne volonté. Non seulement pour soi, mais également pour l’avenir du trail qui dépend de l’accord de ces propriétaires, il est indispensable d’entretenir avec eux de bons rapports. Cela passe bien sûr par le respect des personnes, des biens, et de l’environnement naturel, quelle que soit la situation. Tel que le dit si justement le fondateur du GPT, Jan Dudeck, « The most important aspect : leave no trace on the land, and a good trace with the people. » (« L’aspect le plus important : ne pas laisser de trace au sol, et une bonne trace avec les gens. »).

Néanmoins il n’est pas toujours possible d’avoir un contact direct avec les gens qui sont derrière la possession du terrain. En effet, en dehors des Parcs Nationaux, qui au Chili sont gérés par l’organisation gouvernementale des forêts, le CONAF, mais qui peuvent également être en partie sur des terrains privés, la Cordillère des Andes est détenue en très large partie par de gros propriétaires qui emploient les arrieros pour y garder les bêtes, mais qu’on ne voit jamais eux-mêmes. Cela peut être la cause de complications lorsque ces propriétaires décident de fermer complètement le terrain pour une raison ou pour une autre, qui n’a parfois rien à voir avec les marcheur.se.s ou les touristes eux-mêmes. C’est pourquoi il est également si important d’encourager la culture des arrieros et des pobladores, qui eux entretiennent les sentiers et vous autoriseront toujours à passer.

Il y a toujours une manière de passer, pour peu que l’on apprenne à sauter les barbelés…

Un thru-hike est-il possible ?

Étant donné que je suis le premier à marcher une partie aussi importante du trail en une saison, je pense être capable d’aborder cette question de manière sérieuse, sans vouloir aucunement faire preuve de prétention. Mais tout d’abord je souhaiterais indiquer deux choses aux potentiel.le.s marcheur.se.s intéressé.e.s par le thru-hiking qui liront cette rubrique :

Premièrement, le GPT n’a pas été conçu pour le thru-hiking, et il n’est tout simplement pas adapté à ce genre de pratique. Il n’y a pas de trail continu, la fenêtre temporelle pour effectuer toutes les sections dans la bonne saison est impossible à tenir, et la marche dépend de nombreux facteurs indépendants de la volonté et des capacités, comme le fait de se retrouver bloqué.e par un propriétaire opiniâtre ou par une rivière en crue. Si votre but est uniquement de pratiquer le thru-hiking, je vous conseillerais donc de vous diriger vers l’un des nombreux autres trails qu’il existe dans le monde, et notamment aux États-Unis. Deuxièmement, l’intérêt principal du GPT n’est pas d’en réaliser le thru-hike, mais plutôt de s’immerger dans les environnements naturel et culturel exceptionnels qu’il permet de découvrir.

Cela dit, je suis néanmoins persuadé que, d’une part le thru-hike du GPT représente un véritable intérêt, et que d’autre part cela est possible. En effet, faire une tentative sérieuse nécessiterait des moyens plus proches de ceux d’une véritable expédition que de ceux d’un simple thru-hiker, en matière d’équipements, d’organisation logistique, d’expérience et d’entraînement. C’est justement en cela que le thru-hike du GPT représente un défi inédit et extrêmement intéressant. En créant ce trail que personne ne peut marcher en une saison, Jan Dudeck a ainsi ouvert une opportunité unique dans le cadre des sports d’aventure, qui permet de partir explorer l’une des régions les plus reculées du monde, le tout dans un contexte culturel en grande partie préservé. Comme indiqué plus haut, il est impossible de marcher l’intégralité du trail en une saison en profitant de bonnes conditions tout du long. Cela signifie donc se confronter aux conditions extrêmement rudes, voire hivernales, de Patagonie, ce qui représente la principale difficulté pour réaliser un tel projet. Mais cela constitue également un véritable intérêt entre l’alpinisme en style alpin et la marche de longue distance. Je souhaite que toute personne ayant cette idée en tête pèse mes mots, et en tirent les conclusions nécessaires. Voici quelques conseils très pragmatiques qu’il est nécessaire d’appliquer dans cette optique :

  • Réaliser le thru-hike du Sud au Nord en débutant vers mi-novembre pour terminer en fin février. Pour un.e marcheur.se rapide 3 mois et demi, voire 3 mois, me paraissent en effet être un rythme tenable sur les 3,000 km du trail, et cela bien que certaines sections obligent à avoir une progression extrêmement lente. Débuter du Sud permet de profiter de la meilleure saison (janvier/février) sur la moitié Nord puisque l’altitude moyenne y est bien plus élevée. Il est impossible de débuter avant le 1er novembre car le passage de frontière Dos Lagos sur la section GPT38H est fermé de mai à octobre (compris).
  • Être expérimenté.e en marche de longue distance, en progression dans la neige, en traversée de rivière, et en navigation GPS.
  • Être équipé.e de manière légère mais polyvalente, avec en particulier des vêtements permettant d’affronter des conditions hivernales.
  • Si possible utiliser des chaussures de montagne à tige haute pour les sections qui risquent d’être enneigées, en particulier dans la moitié Sud, avec éventuellement des raquettes. De manière générale les chaussures sont soumises à très rude épreuve dans ces conditions de marche, et il est important de toujours garder des chaussures en bon état, quitte à en racheter régulièrement. Moi-même je me suis retrouvé bloqué à plusieurs reprises à cause de problèmes de chaussures, car je pensais pouvoir les faire tenir plus longtemps.
  • Marcher à plusieurs n’est pas indispensable mais représente une véritable sécurité, et permet de décupler les chances de succès, par exemple pour les traversées de rivière.
  • Avoir un mental et une motivation à toute épreuve. Soyez certain.e que ce type de projet est ce que vous souhaitez réellement, car une fois confronté.e à des conditions impitoyables, en bushbashing au milieu d’une forêt vierge, ou pris dans une tempête de neige, il sera impossible de faire demi-tour.
  • Renoncer avant qu’il soit trop tard. Rester humble et patient face à la Nature. Soyez conscient.e de vos limites tout comme vous êtes conscient.e de vos capacités.
Le Greater Patagonian Trail n’attend plus que vous !

3 commentaires sur “

  1. Ping : Itinéraire – Marcheur Sans Frontières

  2. Whouaaa, merci beaucoup pour toutes ces infos que tu partages après tant d’efforts pour les glaner!!!
    C’est vraiment super de ta part, je ne sais pas où tu es, mais j’espère que tu profites bien en ce moment.
    Bonne découvertes à toi.

    • Je t’en prie Sébastien, c’est avec grand plaisir ! 🙂
      Si tu prévois de faire le GPT, même en petite partie, tu peux aussi contacter Jan Dudeck (via Facebook par exemple) qui est toujours de précieux conseils…

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :