Marcheur de longue distance depuis 2015, il ne m’aura pas fallu longtemps pour délaisser les chaussures de randonnée à tige haute et me tourner vers des chaussures de trail-running. Mais pourquoi prendre des chaussures de course pour marcher, me direz-vous ? Et bien voici ma réponse, pensée, forgée, et renforcée au cours de quelques 30 000 km parcourus à pied sur les sentiers du monde.

Avant de commencer, prenons tout de même le temps de nous pencher très rapidement sur les différents types de chaussures que l’on peut envisager d’enfiler pour aller marcher, qu’il s’agisse d’une balade de quelques minutes ou de quelques années :

  • Les chaussures de montagne cramponnables à tige haute (càd montantes) prévues pour faire de l’alpinisme en conditions enneigées ou sur glace, mais que de nombreuses personnes utilisent pour faire de la randonnée en milieu alpin.
  • Les chaussures de randonnée montantes 3 saisons (càd non prévues pour l’hiver) en cuir ou avec une membrane imperméable, moins rigides que les chaussures cramponnables, mais tout de même très renforcées et très protectrices. Dans cet article ce sont ces deux premiers types de chaussures montantes que j’oppose frontalement aux chaussures de trail dans le cadre de la pratique de la randonnée.
  • Les chaussures de randonnée à tige basse, bien plus souples et confortables que leurs aînées, mais étant bien souvent dotées d’une semelle épaisse et donc peu réactive, et d’une membrane imperméable qui rigidifie le corps de la chaussure.
  • Les chaussures de trail-running (càd de course sur sentier), qui sont un intermédiaire parfait entre les chaussures de course sur route et les chaussures de randonnée à tige basse, avec une grande légèreté, réactivité et adhérence comparées à ces dernières, mais plus solides, plus renforcées, et avec un grip plus agressif que les chaussures de route. Vous l’aurez compris, c’est mon go-to pour marcher dans la nature.
  • Les chaussures de course sur route sont aussi utilisables pour marcher sur des sentiers peu techniques, mais sur terrain difficile le corps de la chaussure risque de vite s’abîmer, et la semelle manquera d’adhérence.
  • Quelques options minimalistes pour finir : chaussures minimalistes, sandales, five-fingers, ou pieds nus, ça fonctionne aussi ! Débutants s’abstenir…
Des chaussures de course pour marcher, vraiment ?

I. L’héritage de l’alpinisme

Bon, pour commencer, je vous propose de nous pencher sur l’histoire des chaussures de randonnée « classiques » : à l’origine utilisées par les premiers ascensionnistes dans les Alpes, elles ont rapidement été assimilées à la pratique de la montagne en voyant les alpinistes les utiliser au cours de leur marche d’approche, pour la raison toute simple qu’ils gardaient au pied les mêmes chaussures que celles qui les emmenaient au sommet, n’ajoutant que des crampons tricouni à la semelle pour aborder les parties techniques. Le loisir de la randonnée, qui n’en était encore qu’à ses balbutiements, a su profiter du phénomène d’engouement qui s’est créé autour de l’alpinisme à la fin du XIXème siècle pour proposer aux randonneurs en herbe -alors appelés des excursionnistes– de suivre les pas de ces héros des temps modernes, jusqu’à en emprunter les équipements.

La deuxième raison historique étant bien évidemment que le développement technique de l’époque ne permettait pas de proposer mieux que de grosses bottines de cuir pour accéder au milieu alpin, même si certains ne se gêneront pas pour arguer qu’une paire de sandales fait tout aussi bien l’affaire…

Publicité de 1930 pour les crampons Tricouni

II. Un détail d’académicien

La deuxième raison de ne pas repousser arbitrairement les chaussures de trail sous prétexte de qu’il s’agirait de chaussures de course et non de marche, est tout simplement sémantique. Et oui, trail en anglais se traduit bien par « sentier », et même si cela peut sembler évident, se dire que l’on porte des « chaussures de sentier » plutôt que des « chaussures de trail » est un excellent moyen d’abattre les barrières mentales qui pourraient freiner votre conversion.

Aux États-Unis, berceau de la marche de longue distance, la norme est inversée et rares sont ceux et celles à porter des chaussures de randonnée montantes.

III. Semelles de vent ?…

Il est plus que temps de rentrer dans le vif du sujet : le point clé de la marche, c’est la légèreté. Et cela tombe bien, parce qu’il s’agit également de l’un des gros points forts des chaussures de trail face aux chaussures de randonnée traditionnelles. Selon l’adage un kilo aux pieds équivaut à 5 kilos sur le dos, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Sir Edmund Hillary, qui fut le premier homme à gravir l’Everest en 1953. Cependant, pas besoin d’être ce cher Edmund pour s’en rendre compte : qui ne s’est jamais surpris à pester contre des mottes de terre qui nous colleraient aux semelles ? Et bien imaginez un instant que vous choisissiez délibérément de vivre la même sensation kilomètre après kilomètre, jour après jour… De quoi voir ces bonnes vieilles chaussures de randonnée sous un jour un peu moins réconfortant !

Prêt à prendre mon envol !

IV. Ou pantoufles de montagne ?

Le deuxième argument évident en faveur des chaussures de trail est celui du confort. D’accord, je vous laisse 5 secondes pour me dire à quel point vos « grosses » en cuir sont confortables. C’est bon, c’est fait ? Bon, maintenant essayez de vous souvenir de la souffrance que ça a été de les enfiler pour la première fois, de combien d’ampoules vous avez eu avant de pouvoir les mettre sans esquisser une grimace, et de combien d’heures vous avez passé à les porter à la maison pour les assouplir. Du côté des chaussures de trail, c’est beaucoup plus simple : pas besoin de « les faire », elles se doivent d’être utilisables et confortables dès le premier essayage, et ce, sur tout type de terrain. Montagnes, forêts, déserts, et même goudron, (et oui, ça arrive) défilent sous les semelles avec une aisance déconcertante. Dans une optique de marche plutôt que de course, je conseillerais donc de choisir ses chaussures de trail en favorisant le confort plutôt que de hautes performances techniques. Pour ce faire, il faut que la chaussure soit bien adaptée à la forme du pied, que l’on ne ressente pas de point de serrage ou de friction (prendre en compte le fait que les pieds gonflent au cours de l’effort), tout en faisant en sorte qu’elle soit bien maintenue à la cheville, et se laisser suffisamment d’espace au niveau des orteils (dans ce qu’on appelle la toe-box) pour que de grosses sessions de descente ne donnent pas l’envie à vos ongles de s’incarner…

Un air de balade dominicale into the wild

V. Les pieds, ces héros oubliés

Je me tire une balle dans le pied me direz-vous, le confort c’est une chose, mais la technicité c’en est une autre ! Surtout, lorsqu’en montagne, c’est une question de sécurité ! À cela je répondrai très simplement : le pied lui-même est une machine hautement performante, qui est parfaitement adaptée à tout type de terrain. Sans même aborder la question du minimalisme, il convient donc selon moi de laisser une certaine liberté de mouvement à nos petits petons. Là où avec des chaussures de randonnée des centimètres de gomme rigide coupent tout contact avec le sol, les chaussures de trail offrent un excellent compromis entre protection et perception du terrain, afin de mieux placer ses appuis, de mieux positionner son corps, et surtout de retrouver et d’entretenir les capacités exceptionnelles de nos pieds en matière de flexibilité et de force.

Une image qui parle d’elle-même est celle de l’attelle. La fonction sur-protectrice des chaussures montantes est en effet assez similaire, avec la même conséquence négative d’affaiblir les parties protégées. La grosse différence étant que là où l’attelle a une fonction médicale, nos pieds et nos chevilles sont parfaitement valides. Alors bien sûr, si vous avez toujours porté des « attelles pour pied » (autrement appelées chaussures de randonnée), et si vous n’avez pas l’habitude les mouvoir librement sur un terrain un tant soit peu accidenté, le moins que je puisse vous conseiller est d’opérer la transition en douceur. Concrètement, je vous déconseille de vous charger comme une mule pour partir faire le GR20 en five-fingers après une année de télé-travail… Mais sur un sentier roulant, avec un sac léger, et pourquoi pas en accompagnant la transition de quelques exercices de renforcement musculaire, vous vous rendrez vite compte que marcher en montagne avec des chaussures de trail ne revient pas à signer un pacte avec le diable, bien au contraire !

Rien de tel qu’un pied libéré !

VI. Tôt ou tard, il faut se mouiller

Le dernier argument en faveur des chaussures de trail -et promis je m’arrête là- est celui de la respirabilité… aux dépens de l’imperméabilité. Et oui, il va falloir s’y faire : l’eau ça mouille. La vie est si dure. Mais sérieusement, arrêtons-nous un instant sur les avantages du je-m’en-foutisme assumé des chaussures perméables : plus de risque d’ampoules à cause de l’implantation d’un système équatorial à l’intérieur de vos groles (champignons compris), plus de prise de tête pour entretenir et préserver le cuir ou la membrane déperlante, plus de jeu de saute-mouton sur les rochers pour passer chaque rivière, et surtout, plus de rupture d’anévrisme en vous apercevant que l’imperméabilité de vos chaussures n’a d’absolu que le concept marketing qui vous les a fait acheter. Au lieu de cela, la promesse d’un concept très simple mais qui ne fait gagner d’argent à personne : vous gardez vos chaussures aux pieds en toutes occasions, elles se mouillent, vous marchez, elles sèchent. Ô miracle.

Bon ok, la respirabilité a ses limites : je déconseille pour marcher toute la journée dans la neige.

Vous l’aurez noté, il s’agit plus d’un réquisitoire à charge que d’une review proprette et objective… Mais qui a dit que l’objectivité était de mise ? Ces conseils sont subjectifs jusqu’à l’os, construits au fil d’années d’expérience et d’expérimentations personnelles. Alors maintenant c’est à vous de vous faire votre propre avis, et pour cela rien de tel que de sortir sur les sentiers une paire de chaussures aux pieds ! Et allez, je suis beau joueur, je ne vous en voudrai pas si ce ne sont pas des chaussures de trail…

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