Te Araroa, que l’on pourrait traduire en français par « Le Long Chemin », est le nom du trail de longue distance traversant sur 3 000 km l’intégralité des deux îles de la Nouvelle-Zélande, ou Te Aotearoa en Maori (« Le Pays du Long Nuage Blanc »). Il a officiellement été inauguré en 2011, suite à de nombreuses années de travail, à la fois de la part du Department Of Conservation (DOC) qui gère la préservation des ressources naturelles du pays, et qui est également responsable des chemins de randonnée, et à la fois grâce aux nombreux.ses bénévoles encore à l’œuvre, amoureux.ses de la randonnée et des grands espaces, qui ont permis à ce projet de voir le jour. Mais le mérite de cette œuvre colossale revient surtout à Geoff Chapple, qui l’aura portée depuis le tout début en 1975 jusqu’à l’achèvement final, et que l’on considère généralement comme le fondateur du Te Araroa.

Cette collaboration acharnée a finalement permis à la Nouvelle-Zélande de donner naissance à son propre trail de longue distance, et aux thru-hikers (marcheur.se.s de longue distance) du monde entier de traverser à pied ce pays magnifique aux paysages si grandioses. Étant le dernier né du genre dans le monde, le Te Araroa développe une popularité toujours croissante, et le nombre de randonneur.se.s augmentant constamment d’année en année, les locaux.ales se voient obligé.e.s d’investir beaucoup d’énergie pour améliorer la qualité du trail et des infrastructures qu’il.elle.s mettent à notre disposition. Cependant il reste encore sur ce point des lacunes notables pour que le Te Araroa atteigne le même niveau d’achèvement et de qualité que d’autres grands trails de longue distance dans le monde, comme l’Appalachian Trail ou le Pacific Crest Trail aux États-Unis. En tous cas, c’est ce qui ressort des retours de thru-hikers expérimenté.e.s… Si vous lisez cet article et que vous avez ces références en tête, je tiens donc à vous mettre en garde : le Te Araroa saura vous surprendre, et sûrement à votre détriment. Rendez-vous en Nouvelle-Zélande le cœur ouvert à toute éventualité, sans a priori d’aucune sorte, et c’est à cette seule condition que vous saurez apprécier l’intégralité de ces 3 000 km.

Le Te Araroa est un trail unique dans le monde du thru-hiking, car il a la particularité de non seulement explorer les environnements naturels de la Nouvelle-Zélande, mais aussi l’aspect culturel et historique du pays. De nombreux chemins reprennent les itinéraires tracés par les Maoris qui parcouraient le pays de tribu en tribu, ainsi que d’autres, tracés par les premiers colons durant leur exploration du pays. Par ailleurs le trail traverse également de nombreuses villes, dont les deux principales du pays, Auckland et Wellington, et propose ainsi une expérience fondamentalement différente de la marche en nature, mais néanmoins extrêmement intéressante sur un tout autre plan : celui de l’Humain et de la culture actuelle. Cependant cet aspect se révèle rédhibitoire pour de nombreux.ses marcheur.se.s à la recherche d’une expérience immersive dans la nature sauvage du pays, et il est vrai que les parties sur route sont encore bien trop présentes, en particulier dans l’Île du Nord. Le Te Araroa est âpre, dur, et peut sembler extrêmement déroutant pour des randonneur.se.s averti.e.s. Mais la Nouvelle-Zélande et sa population sauront vous accueillir à bras ouverts et vous conforter dans votre décision de parcourir cet itinéraire magnifique. Lorsque vous n’aurez que votre douleur en tête, et que votre moral sera au plus bas, vous rencontrerez toujours des gens pour vous inviter chez eux et prendre soin de vous, vous poserez toujours les yeux sur le sublime d’un paysage majestueux, ou d’un détail infime au milieu de la jungle la plus dense. Lancez-vous dans l’inconnu le sourire aux lèvres, une soif inépuisable de découverte dans le cœur, et le Te Araroa saura bien vous le rendre.

Ce descriptif du Te Araroa fait l’objet de deux articles, l’un pour l’Île du Nord, et l’autre pour l’Île du Sud, à retrouver ICI. Eux-mêmes sont découpés en sections géographiques du Nord au Sud, direction selon laquelle ce trail est majoritairement parcouru, et selon laquelle je l’ai moi-même réalisé de novembre 2015 à mars 2016. Il se peut que depuis ce temps certains segments ou certaines informations ne soient plus d’actualité. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, étant donné que cet article est avant tout là pour vous proposer un aperçu assez général, et pour vous faire part de quelques conseils qu’il m’aurait été fort utile de connaître avant de me lancer moi-même dans cette aventure.

Pour en savoir (ou en voir) plus sur le Te Araroa :

  • Site Officiel : à explorer sans modération.
  • Guide papier par Geoff Chapple : pas forcément utile d’un point de vue « pragmatique », mais extrêmement intéressant pour les informations complémentaires qu’il apporte.
  • Livre photo par Mark Watson : pour le plaisir des yeux.
  • Guthook Guide : application GPS pour smartphone, qui permet d’accéder aux informations laissées par les autres marcheur.se.s. Pour l’avoir utilisée sur d’autres trails je ne peux que vous la recommander, même si, bien sûr, il faut toujours avoir un deuxième moyen de navigation…
Itinéraire du Te Araroa (TA) dans l’Île du Nord

I. Northland

Cape Reinga – Ahipara

Le « long chemin » du Te Araroa débute à l’extrémité nord de la Nouvelle-Zélande, le Cap Reinga, où un phare posté à flanc de falaise monte la garde sur ce passage entre la mer de Tasman à l’Ouest, et l’océan Pacifique à l’Est. L’horizon s’y étend à l’infini, et pour les thru-hikers il s’agit du début émouvant d’au moins quatre mois de privation et de bonheur. Au Sud, le Pays du Long Nuage Blanc nous ouvre ses bras !

Pour se rendre à Cape Reinga la solution la moins coûteuse consiste à prendre un bus depuis Auckland jusqu’à Kaitaia, principale ville du Northland, et de là à faire du stop sur 100 km jusqu’au point de départ du trail, sachant que de nombreux.ses touristes se rendent tous les jours à Cape Reinga, et que les locaux.ales seront toujours prêt.e.s à vous aider.

Du stop non-stop 

Contrairement à sa voisine australienne où il est fortement déconseillé de faire du stop pour cause de serial-killers, la Nouvelle-Zélande est un pays extrêmement propice à la pratique du stop, ou hitchhiking. Il s’agit en effet d’une pratique très répandue, et de nombreux.ses touristes privilégient cette manière de voyager. Personne ne sera donc surpris de vous voir tendre le pouce sur le bas-côté de la route, et vos chances d’être pris.e rapidement seront toujours relativement élevées en faisant preuve d’un minimum de patience (y compris pour un homme seul, pour qui cela s’avère souvent plus compliqué). Dans l’Île du Nord plus particulièrement, et a fortiori dans le Northland, les habitant.e.s sont très accueillant.e.s, amicaux.ales, et ouvert.e.s d’esprit. Par conséquent le stop est également une manière de faire des rencontres enrichissantes. De manière générale les Néo-Zélandais.es apprécient les randonneur.se.s, ainsi que les Français.es (souriez, le Rainbow Warrior est presque oublié), et ce combo gagnant vous permettra peut-être même de gagner un bon dîner et un lit chaud pour la nuit. Faire du stop en Nouvelle-Zélande est si enrichissant que certain.e.s thru-hikers arrêtent systématiquement les voitures plutôt que de marcher les sections sur route, dans le but de vivre des moments d’échange… En tous cas, il s’agit de la meilleure excuse que vous puissiez trouver pour ne pas marcher !

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Le célèbre phare du Cap Reinga

S’ensuit une section d’environ 5 jours jusqu’à Ahipara, où il est possible de se ravitailler dans une petite supérette, ou bien d’où l’on peut facilement faire du stop jusqu’à Kaitaia. Cette section est composée d’une succession de parties sur plage et dans des dunes, où le randonneur fera connaissance pour la première fois avec les triangles et les poteaux oranges qui font office de balises.

C’est sur cette section que vous affronterez la première épreuve du Te Araroa, la Ninety Mile Beach. Bien que cette plage ne soit pas longue de 90 miles comme son nom l’indique, mais de 50 miles (80 kms), il s’agit d’une étape véritablement éprouvante qui dure de 3 à 5 jours. Marcher sur une surface aussi plane pendant plusieurs jours se trouve être bien plus difficile physiquement et mentalement que l’on pourrait s’y attendre. La surface sableuse combinée au fait que ce soit seulement le début du trail, et que donc le corps ne soit pas encore habitué à l’effort routinier de la marche, a pour conséquence de provoquer d’importantes ampoules. Par conséquent, bien que la tentation soit parfois forte, je vous conseille de garder absolument vos chaussures, sauf si vous avez déjà 5 centimètres de corne aux pieds bien sûr… Par ailleurs il peut parfois se révéler difficile de trouver des points d’eau, notamment au plus fort de l’été, période pendant laquelle les ruisseaux peuvent être asséchés. Pour éviter le désagrément de mourir de soif, déterminez précisément vos étapes à l’aide des cartes et des notes, et au besoin enfoncez-vous dans les terres ou vous pourrez trouver de l’eau douce. Sur le long chemin de la Ninety Mile Beach, n’hésitez pas à vous arrêter au campement de Hukatere, véritable havre de paix où vous pourrez reprendre des forces.

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Le désert du Sahara ?… Non, la Ninety Mile Beach.

Ahipara – Kerikeri

Après Ahipara le Te Araroa s’enfonce dans les terres pour une traversée de la côte Ouest à la côte Est, à travers une série de forêts primaires extrêmement denses.

Il s’agit d’une section d’environ 4 jours à travers 4 forêts, dont les 2 premières, Herekino et Raetea, constituent un véritable challenge. La prophétie du Te Araroa annonce que le marcheur qui traverse avec succès la Ninety Mile Beach et ces deux forêts, est capable d’affronter le trail dans son intégralité, du moins dans l’Île du Nord… Alors prenez votre courage à deux mains, et lancez-vous dans le bush Néo-Zélandais avec la réconfortante idée qu’à la fin des deux jours le plus dur sera derrière vous ! Et croyez-moi, vous prendrez même du plaisir à vous battre à longueur de journée contre les lianes, les racines, et la boue, tel un aventurier des temps modernes perdu dans la densité insondable de ces forêts primaires.

La marche à travers la dernière forêt, Puketi, a cela de particulier qu’elle comprend le premier véritable river track du trail, c’est-à-dire que la marche s’effectue dans le cours même de la rivière Waipapa pendant 2.5 km.

Quand la rivière est le seul chemin

De nombreux chemins de randonnée sur le Te Araroa sont de type river track. Dans le jargon cela signifie, soit qu’il s’agit d’un chemin parallèle à la rivière et permettant de marcher les pieds plus ou moins au sec (avec tout de même de régulières traversées, à gué ou par des ponts suspendus), soit qu’il s’agit de marcher purement et simplement dans le cours de la rivière, son lit étant le seul itinéraire praticable. Dans un cas comme dans l’autre, il est fortement déconseillé de se lancer dans ce type d’aventure après ou pendant de fortes pluies. Un bon indicateur de l’augmentation du niveau de la rivière et de la force du courant est la couleur de l’eau : plus l’eau est trouble et d’une couleur grise/brune, plus elle est dangereuse. En revanche si l’eau reste complètement claire cela signifie que la pluie n’a pas d’incidence sur le comportement de la rivière, ou en tous cas pas encore ! Il est donc primordial d’avoir auparavant pris connaissance des prévisions météorologiques. De plus, être accompagné constitue une véritable sécurité. Enfin, lorsqu’il s’agit de marcher dans une rivière, le rythme de marche est étonnamment lent, et l’on peut parfois passer une après-midi entière les pieds dans l’eau, alors qu’il ne s’agit que d’une distance de 5 km. Prévoyez donc en conséquence, et ne vous découragez pas si le temps s’avère un peu long…

Enfin l’itinéraire aborde Kerikeri par le Kerikeri River Track, qui est un chemin extrêmement bien aménagé à destination des touristes « classiques », et sur lequel il ferait un peu tâche de se mettre à marcher dans la rivière. Kerikeri est une charmante petite ville où l’on peut découvrir les vestiges de l’une des plus anciennes colonies du pays.

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Un river track s’avère toujours agréable sous la chaleur estivale

Kerikeri – Mangawhai

Section variée de 227 km le long de la côte Est, constituée de parties de route, de forêt, de plage, et à travers des propriétés agricoles. Les points de ravitaillement sont nombreux, et la proximité constante de la civilisation permet de ne transporter que peu de nourriture. Cependant on y est régulièrement confronté aux difficultés imposées par les traversées d’estuaires et de bras de mer.

Après Kerikeri  l’étape suivante est le village de Waitangi, où le 6 février 1840 a été ratifié entre les tribus maories et les représentants de la Couronne britannique le traité fondateur de la Nouvelle-Zélande. Il s’agit donc d’un endroit à très forte valeur historique, ainsi que toutes les villes alentour qui furent la plupart du temps des points d’installation des premiers colons britanniques.

Le premier des obstacles maritimes rencontrés est le bras de mer Waikare, qu’il est possible de traverser sur un bateau taxi pour un prix dérisoire. Il est à noter pour les puristes qui voudraient absolument réaliser le trail dans son moindre détail, qu’obstacles maritimes, fleuves, et lacs sont officiellement franchissables par n’importe quel moyen. Au cas où l’envie vous prendrait de faire quelques brasses avec le sac à dos… Il s’agit ensuite faire du stop ou de marcher par la route jusqu’au point de départ du Russell Forest Track, qui comprend également une partie d’environ 4 km les pieds dans l’eau.

Le deuxième obstacle maritime consiste à traverser à pied l’estuaire Taiharuru, qui cette fois fait partie intégrante du Te Araroa. Cette marche de 3 km n’est strictement réalisable qu’à marée basse, et même alors peut se révéler extrêmement pénible. Bien sûr, il est toujours possible de contourner de telles sections par la route, à condition d’augmenter considérablement la distance parcourue.

Enfin le troisième obstacle maritime se situe à l’entrée du long bras de mer s’étendant jusqu’à Whangarei, ville la plus importante de la région. Ici, deux solutions s’offrent à vous : vous pouvez soit faire confiance à votre chance et faire du stop auprès des pêcheur.se.s et des plaisancier.ère.s (ce qui fonctionne plutôt bien malgré le côté aléatoire), soit suivre la route pour contourner cet imposant bras de mer, ce qui représente un très long chemin, mais qui permet de profiter de la ville de Whangarei pour prendre une nuit en hôtel si votre budget vous le permet (promis, on ne dira rien à personne).

Le trail enchaîne ensuite sur 20 km de plage, comprenant la traversée de la rivière Waipu qui n’est réalisable une nouvelle fois qu’à marée basse. Puis après une petite transition de forêt, vient le très scénique chemin côtier de Mangawhai, pour enfin arriver dans la petite ville du même nom qui marque la sortie du Northland et l’entrée dans la région d’Auckland.

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Un sourire bien accroché vous aidera à affronter le limon de l’estuaire Taiharuru

II. Auckland

Mangawhai – Puhoi

En quittant Mangawhai le trail reprend son itinéraire côtier vers le Sud, pour traverser la plage Te Arai, qui est fréquemment parcourue par des cavaliers profitant de ces étendues immenses de sable blanc. Bonne ou mauvaise nouvelle, il s’agit de la dernière partie de plage avant longtemps.

L’itinéraire bifurque ensuite vers l’intérieur des terres, pour se rediriger à nouveau vers la côte après la traversée de quelques forêts et d’exploitations agricoles, dont la très belle forêt Dome. Il s’agit d’une section d’environ 3 jours pour arriver à Puhoi, petit village empreint d’un charme étonnamment européen. Pour les marcheur.se.s les plus rapides il est également possible d’arriver directement à Orewa, première ville de la banlieue éloignée d’Auckland, où vous ne rencontrerez aucune difficulté à vous ravitailler.

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Le gué du ruisseau Waiwhiu dans la Dome Forest

Puhoi – Devonport

Après Puhoi l’itinéraire officiel se fait par kayak pour descendre les 7 km de rivière jusqu’à la mer. Nombreux.ses sont ceux et celles à choisir de contourner cette étape par la route pour des raisons financières, la location de kayak à Puhoi étant relativement onéreuse pour une distance aussi courte. Il s’agit cependant d’une option dangereuse, les routes n’étant pas aménagées pour les piétons, avec notamment une section d’environ 2 km sur la voie rapide n°1, la plus importante du pays, qui gagne encore en importance à l’approche d’Auckland.

Partager la route avec les chauffeurs(-fards)

À de nombreuses reprises sur le Te Araroa, en particulier dans l’Île du Nord, les marcheur.se.s se trouvent confronté.e.s à des parties de route, qu’il s’agisse de l’itinéraire officiel, ou d’un choix personnel pour contourner un obstacle tel qu’un estuaire. Ces routes sont rarement aménagées pour les piétons, et n’ont pas toujours de bas-côté suffisamment large pour y marcher en toute sécurité. Qu’il s’agisse d’une route de campagne avec peu de trafic ou d’une voie rapide, la prudence est donc de mise. Les marches sur route constituent probablement l’un des dangers les plus importants du trail, c’est pourquoi vous vous devez de toujours rester vigilant.e. La marche s’effectue sur la droite de la chaussée, ce qui permet de voir arriver les voitures d’en face (et oui, on roule à gauche en Nouvelle-Zélande). Cependant, prêtez toujours une oreille à votre bon sens, et si le côté droit se révèle dangereux le temps d’un virage, n’hésitez pas à passer à gauche si la visibilité le permet. Évitez d’utiliser des écouteurs afin de toujours entendre venir les véhicules. Enfin, si vous êtes en groupe, restez en file indienne et communiquez pour prévenir vos partenaires lorsqu’un véhicule arrive.

Le trail retourne donc sur la côte, avec de nouveau une grande variété de petits itinéraires. Mais après la traversée de l’estuaire de la rivière Okura, qui constitue le principal obstacle de cette étape, la marche devient essentiellement citadine pour traverser la banlieue nord d’Auckland, en longeant le littoral sur des sentiers extrêmement bien aménagés. De plus, la proximité constante d’un restaurant ou d’un supermarché permet de voyager à vide en matière d’autonomie… Ce qui fait deux bonnes raisons de ne pas sauter cette étape, qui, bien que pouvant sembler rebutante pour son aspect citadin, s’avère en fait très agréable.

Après Orewa le trail poursuit son itinéraire à travers la zone commerciale de Silverdale pour une courte marche d’environ 15 km dans les terres. Vous affronterez ensuite la difficile traversée de l’estuaire Okura, qui ne fait pas partie de l’itinéraire officiel du Te Araroa du fait de sa difficulté. À marée basse il n’existe cependant pas de véritable danger, puisque le courant de la rivière est relativement faible. Si vous souhaitez éviter cet estuaire, il est toujours possible de le contourner par la route, les différentes options disponibles étant listées sur le site du Te Araroa. Une planification raisonnable consiste à s’arrêter la nuit précédente au Holiday Park (camping) de Stillwater, qui est d’ailleurs gratuit pour les marcheurs du Te Araroa (en 2015).

Enfin on arrive à Devonport pour apercevoir la skyline d’Auckland s’élever fièrement de l’autre côté du bras de mer qui coupe la ville en deux, toujours dominée par la futuriste Sky Tower. Il suffit alors de prendre une navette maritime, dont le terminal se situe dans le centre même de la ville la plus importante du pays.

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Après avoir rejoint le littoral à Waiwera, le trail suit un itinéraire à travers les récifs côtiers… Plutôt fun, mais uniquement réalisable à marée basse !

Devonport – Clevedon

La section suivante est probablement la plus urbaine de tout le Te Araroa, puisqu’il s’agit de traverser la cosmopolite Auckland, qui à elle-seule contient plus d’un quart de la population totale de la Nouvelle-Zélande, soit 1.377 million d’habitant.e.s. Cette cité n’a rien à envier aux grandes villes américaines ou à ses consœurs plus proches d’Australie, et un tel foisonnement de vie peut déstabiliser le marcheur à la recherche de grands espaces. Cependant le track urbain traversant le centre de la ville est très agréable à marcher, à la découverte de parcs et de monuments illustres, mais permettant également de pénétrer davantage dans la vie quotidienne des locaux en s’écartant des circuits touristiques traditionnels, par exemple lors de la traversée du campus de l’université d’Auckland.

Quand les montagnes sont des buildings

Le Te Araroa possède la particularité de traverser de nombreuses villes, ce qui offre un complément intéressant à la nature sauvage, en permettant de se plonger dans la culture et les habitudes des citadin.e.s néo-zélandais.e.s. Ces itinéraires empruntent autant des circuits touristiques parfaitement aménagés, que des connexions propres au Te Araroa, qui passent par la route ou par des espaces urbains plus discrets. Bien que de nombreux thru-hikers préfèrent éviter ce type de section, j’ai toujours pris plaisir à traverser une mégalopole après plusieurs jours d’isolement dans la nature, tel un extraterrestre qui découvrirait pour la première fois la civilisation humaine. Grâce à leur lot d’anecdotes culturelles et historiques, ces itinéraires permettent de voir le milieu urbain sous un jour différent, et de prêter attention à des détails que vous n’auriez jamais vu autrement, ceux-là mêmes qui font l’identité de la Nouvelle-Zélande et des Néo-Zélandais.e.s. Car ce sont bien les habitant.e.s qui ont pour vocation d’être au centre de ce type de marche, et bien qu’il soit souvent plus difficile en ville qu’à la campagne d’aborder les badaud.e.s, de nombreux Kiwis [surnom des Néo-Zélandais.e.s] feront d’eux-mêmes le premier pas pour faire votre connaissance. La Nouvelle-Zélande est le pays par excellence pour faire des rencontres inopinées, un sourire étant votre meilleur passeport… Alors, foncez ! Petite astuce pour voir la ville sous un jour différent et faire des rencontres originales : marcher la nuit. (Le pays est extrêmement sûr, donc pas d’inquiétude !)

Après avoir atteint la baie d’Onehunga, vous entrez bientôt au sein d’une parenthèse naturelle extrêmement surprenante au beau milieu de cet univers cosmopolite. Il s’agit du Parc Ambury où s’est installée une ferme, juste à côté d’une réserve naturelle où de nombreux oiseaux migrateurs se plaisent à venir.

Sans transition aucune, le trail aborde ensuite une bien trop longue marche sur route à travers l’agitation nauséabonde environnant l’aéroport international d’Auckland, et la zone industrielle qui l’entoure, puis le long de longues routes de campagne jusqu’à Clevedon. La seule partie réellement plaisante de cette marche se situe aux abords du Parc Botanique.

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Le centre d’Auckland allie hyper-modernité et monuments historiques à la présence de nombreux espaces verts

Clevedon – Mercer

À partir de Clevedon, le trail sort définitivement des alentours d’Auckland pour retourner à l’état naturel dans les forêts et les montagnes des Hunuas. Il s’agit d’une jolie section d’environ 2 jours, éventuellement 3, jusqu’à Mercer qui est la petite ville suivante sur l’itinéraire du Te Araroa.

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Cascade des Hunuas

III. Waikato-King Country

Mercer – Hamilton

À la sortie des montagnes Hunuas on rentre dans le Waikato-King Country par la Lyons Road puis par une courte partie à travers des propriétés agricoles, pour arriver à la rivière Waikato qui est la plus longue du pays, et que le trail longe sur 80 km jusqu’à Hamilton. Le Waikato-King Country a été l’un des derniers bastions de la résistance maorie contre les colons anglais, et c’est ici que les dernières tribus se sont fédérées pour aboutir à la création d’un royaume maori, d’où le nom de King Country. Par conséquent on rencontre sur cet itinéraire de nombreux vestiges et mausolées commémorant les batailles qui s’y sont déroulées.

La marche le long de la rivière s’effectue sur un terrain plat et sec, et ne présente pas de difficulté particulière. Il s’agit d’une section de 3 jours jusqu’à Hamilton, qui est la plus grande ville de la région, mais l’itinéraire traverse de nombreuses localités de plus ou moins grandes envergures. Il est notamment possible de se ravitailler à Huntly, un jour de marche avant Hamilton.

La seule véritable difficulté de l’étape se situe justement au cours de cette journée, avec la traversée des petites montagnes Hakarimata, dont l’ascension au milieu de la forêt est courte mais particulièrement physique. De l’autre côté le trail redescend directement dans la ville de Ngaruawahia (trouvez-lui un surnom au lieu de tenter l’impossible à essayer de prononcer et deretenir ce nom), à seulement 11 km d’Hamilton.

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Ascension ardue dans les montagnes Hakarimata

Hamilton – Te Kuiti

Hamilton et Te Kuiti sont distantes d’environ 4 – 5 jours de marche, et sachant qu’il n’existe presqu’aucune halte entre les deux villes, il faut prévoir la totalité de l’autonomie en nourriture requise. À la sortie de Hamilton le trail se dirige vers la montagne Pirongia à travers des propriétés agricoles, des chemins de randonnée vallonnés, et quelques parties de route.

Pirongia est un classique de la randonnée pour les Néo-Zélandais.e.s, et la première montagne approchant les 1 000 mètres d’altitude sur le Te Araroa (959 mètres exactement). Au sommet trône le magnifique refuge Pahautea, récemment rénové, et qui est donc également le premier hut du trail.

Des huts plutôt que des huttes

La Nouvelle-Zélande possède un important réseau de refuges (appelés huts), qui permettent de s’abriter des éléments et de profiter d’un minimum de confort au beau milieu de la nature la plus sauvage. Ces refuges ne sont pas pour autant identiques à ceux que nous connaissons dans les montagnes d’Europe, ni dans la forme, ni dans le principe. Il s’agit en effet d’un système basé sur la confiance, qui permet à tout un chacun d’utiliser de manière autonome les cabanes mises à disposition, et les équipements que l’on peut y trouver. Il à noter que ce réseau est extrêmement hétérogène, et que sous le nom de hut peut tout aussi bien se cacher un abris croulant et insalubre, que le gîte de haute montagne de vos rêves. Sans même parler des refuges privés, auxquels il est parfois possible d’accéder avec l’accord du propriétaire, ce réseau est particulièrement étendu dans l’Île du sud, et est entretenu en grande partie par le Department Of Conservation (Ministère de l’Environnement). Auquel cas il est de la responsabilité de l’usager de payer sa nuit, soit avec des tickets à l’unité, soit avec un abonnement pour 6 mois ou 1 an, sachant que cet argent sert à entretenir les équipements et que les prix sont très abordables. Il existe également des huts haut de gamme, et pour lesquels il faut réserver à l’avance, présents uniquement sur une sélection de randonnées d’une qualité supérieure en matière d’aménagements, appelées Great Walks. Cependant le Te Araroa n’emprunte que très rarement ce type d’itinéraire.

La descente sur l’autre versant emprunte le chemin du Hihikiwi Track, qui est probablement l’un des plus boueux du pays, et ce n’est pas peu dire lorsque l’on connaît la réputation du pays… Bien que long de seulement 5,5 km, ce sentier se révèle particulièrement pénible, et saura mettre vos nerfs à rude épreuve. Le calme et l’optimisme restent vos meilleurs alliés dans ce cas de figure. Mais c’est sans aucun doute la résignation qui tient la place plus importante du bagage émotionnel à emporter dans cette randonnée : inutile de vous échiner à sauter d’un côté à l’autre du sentier pour éviter les mares de boue, vous et vos chaussures y passerez forcément !

Une fois redescendu de la montagne, le trail alterne à nouveau entre routes et chemins vallonnés, y compris à travers des propriétés privées, pour se rendre à Te Kuiti à 55 km de là. À 13 km de la ville il passe par le village de Waitomo, lieu touristique célèbre pour ses réseaux de grottes, où l’on peut notamment admirer des multitudes de vers luisants scintillant dans l’obscurité souterraine. Te Kuiti est une agréable petite ville de campagne, auto-proclamée capitale mondiale de la tonte du mouton, et qui possède tous les magasins dont vous pourriez avoir besoin pour préparer la suite de votre aventure.

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Les moutons sont excessivement présents dans les campagnes néo-zélandaises

Te Kuiti – Taumarunui

Après Te Kuiti, direction Taumarunui, autre petite ville de campagne, et à nouveau seul point de ravitaillement possible. Il s’agit d’une section d’environ 5 – 6 jours. La sortie de Te Kuiti s’effectue le long de la rivière Mangaokewa pendant 20 km, chemin qui mène à la longue marche de 30 km sur la route fort heureusement peu fréquentée du même nom.

Néanmoins cette marche sur route en vaut amplement la peine, puisqu’elle conduit au pied de la forêt Pureora d’où culmine le Mt Pureora du haut de ses 1 165 mètres. L’itinéraire suit d’abord une partie du célèbre Timber Trail qui est originellement destiné aux cyclistes, mais s’en sépare bientôt pour aborder l’ascension du sommet. Outre cette montagne, l’intérêt de cette section est qu’il s’agit de la tant attendue première traversée de plus d’un jour (2 ou 3 jours) dans un milieu complètement naturel, où les seuls signes de présence humaine sont quelques huts, et le chemin qui se faufile au milieu de cette forêt somptueuse. Les arbres y élèvent fiévreusement leurs ramures vers le ciel, et adoptent des formes plus originales les unes que les autres, recouverts d’une mousse dense dans laquelle la lumière se plaît à jouer. Et c’est également sur cette étape que les thru-hikers se dirigeant vers le Sud (South-Bound) franchissant la barre des 1 000 kilomètres !

De la sortie de la forêt jusqu’à Taumarunui, il n’y a pas d’autre solution que de faire à nouveau 35 km de route, mais cette fois cela devrait s’avérer bien plus facile, du moins si l’enthousiasme de la veille n’est pas encore redescendu…

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Forêt sur le Timber Trail

Taumarunui – National Park Village

À la sortie de Taumarunui il s’agit de retourner sur la route pour 20 km, afin de rallier l’entrée du 42 Traverse, qui est un chemin réputé pour les VTTistes et les motocross… Prudence et vigilance sont donc de mise ! Le trail s’en sépare après 24 kilomètres, pour se diriger vers la route par un chemin strictement piéton à travers le bush.

Dès le 42 Traverse on ressent la présence de la montagne Ngauruhoe, qui domine silencieusement l’arrière-plan du paysage, et lorsque l’on sort de la forêt elle surgit littéralement pour imposer la vue saisissante de son contour parfaitement conique. Et oui, c’est celle-là même qui tient le rôle de la Montagne du Destin dans le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.

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La majestueuse montagne Ngauruhoe surgit au sortir du 42 Traverse

Cette vue sensationnelle marque l’entrée dans la région de Whanganui, qu’introduit avec panache la très célèbre et extrêmement fréquentée randonnée du Tongariro Crossing, qui est également l’un des seuls Great Walks présents sur l’itinéraire du TA. Cet itinéraire de 18 km serpente à travers des volcans toujours en activité, offrant la vision unique de paysages sortis d’une autre dimension. Pour pleinement en profiter, il est judicieux de commencer très tôt le matin afin d’éviter la foule de visiteur.se.s qui dès 7 heures se précipite sur les flancs des montagnes. Si vous en ressentez l’envie, n’hésitez pas à faire un petit détour pour escalader le sommet du Mt Tongariro ou du Mt Ngauruhoe. Ce dernier s’élève à 2 291 mètres d’altitude, mais depuis le chemin du Tongariro Crossing il ne s’agit que d’une ascension de 967 mètres, réalisable en 3 heures aller-retour à condition d’être en bonne forme physique.

Après l’intersection du hut Mangatepopo qui marque la fin du Tongariro Crossing, le trail se dirige vers le village Whakapapa à travers les grandes plaines du Plateau Central recouvertes de tussock, ces hautes herbes qui confèrent aux paysages néo-zélandais un charme proche de celui des steppes. Si vous êtes chanceux.se et que avez une météo dégagée vous pourrez apercevoir le Mt Ruapehu, plus haute montagne de l’Île du Nord, qui veille assidûment sur ces terres du haut de ses 2 797 mètres.

Le trail s’arrête à peine à Whakapapa pour repartir aussitôt à travers plaines et forêts en direction du camping de Mangahuia, que 6 km d’une route désespérément droite séparent du village du National Park, fin de cette étape d’environ 4 jours.

Au pied des géants du Tongariro Crossing

IV. Whanganui et Manawatu

National Park Village – Whanganui

La section suivante est également l’une des plus célèbres sur le Te Araroa, puisqu’il s’agit de la descente de la rivière Whanganui jusqu’à son estuaire où se tient la ville du même nom. Il s’agit d’une section d’un peu plus de 200 km en fonction du point de départ choisi, ce qui est largement réalisable en 5 jours de kayak ou de canoë, moyens de locomotion qui permettent également de transporter plus de nourriture. Étant donné que la Whanganui River est en partie considérée comme un Great Walk, il est indispensable de réserver auprès du Department Of Conservation pour utiliser les campings proposés sur l’itinéraire, chose pour laquelle les compagnies de location et les offices de tourisme présents à Ohakune et Taumarunui peuvent vous aider. Par ailleurs pour des raisons de sécurité les compagnies de location n’acceptent pas que vous naviguiez seul, si vous voyagez en solitaire il vous faudra donc trouver des compagnons de route pour cette étape, grâce à quoi vous pourriez également profiter de prix avantageux. Il existe plusieurs options pour descendre cette rivière :

  • Tout d’abord, je tiens à préciser qu’il est possible d’effectuer ce trajet à pied par de petites routes et de petits chemins, au lieu de descendre le fleuve. Même si cela me paraît extrêmement dommage, je peux comprendre qu’à cause du budget, ou pour toute autre raison, certain.e.s marcheur.se. ne souhaitent pas réaliser cette étape au fil de l’eau. Pour obtenir les détails de cet itinéraire de substitution, je vous conseille de vous rediriger vers le site officiel du Te Araroa.
  • L’itinéraire officiel du trail rejoint la rivière au quai de Mangapurua après 89 km alternant chemins et routes depuis le National Park.
  • Il est également possible de débuter la descente de la rivière à Whakahoro après seulement 51 km depuis le National Park.
  • Vous pouvez aussi revenir en arrière pour débuter de Taumarunui, ce qui permet d’éviter toute marche supplémentaire depuis le village du National Park. La plupart des compagnies de location prennent en charge le trajet d’Ohakune à Taumarunui, Ohakune étant la principale ville dans les alentours du National Park. De là il s’avère extrêmement facile d’organiser cette section exigeante d’un point de vue logistique, quelle que soit l’option retenue.
  • Vous pouvez également choisir de n’effectuer que la première partie de la descente, qui correspond au Great Walk, et vous arrêter à Pipiriki pour continuer par la route. Le courant devenant de plus en plus faible à mesure que l’on approche de l’estuaire, c’est en effet la partie de Pipiriki à Whanganui qui nécessite un peu plus d’huile de coude.

Malgré ces nombreuses difficultés, je ne peux que vous inciter à vous jeter à l’eau pour réaliser l’intégralité de cette étape, ou plus, si le cœur vous en dit ! Il s’agit d’une opportunité absolument unique sur un trail de longue distance, et la valeur de cette expérience dépasse très largement le coût et les efforts que vous pourrez mettre dans son organisation. Pour ma part j’ai payé seulement 250$ (≈ 150€) pour une location de kayak de 5 jours, de Taumarunui à Whanganui. Par ailleurs une telle épopée ne nécessite aucune expérience préalable en kayak ou canoë, cette rivière étant d’un caractère particulièrement paisible, les seuls passages nécessitant un peu plus de prudence correspondant à des rapides de niveau 1 (niveau le plus facile en kayaking).

Attention, Sandflies ! 

Les sandflies (« mouches des sables ») sont classés numéro 1 parmi les rares fléaux présents en Nouvelle-Zélande. Il s’agit de petits insectes à l’apparence de moucherons, mais qui, à la différence de ces derniers, entretiennent la désagréable manie de se jeter en essaim sur toute portion de peau découverte, dans le but d’en extraire goulûment le sang. À l’instar des moustiques, seules les femelles sont carnivores, car le sang constitue l’apport énergétique nécessaire à la ponte des œufs. Ils sont présents partout en Nouvelle-Zélande, de Cape Reinga à Bluff, mais affectionnent particulièrement les zones humides. Et, vous devez bien vous en douter, au plus fort de l’été sur la rivière Whanganui vous devrez les supporter plus que jamais. Leur morsure n’est pas à négliger, car en dehors du fait qu’elle provoque d’atroces démangeaisons sous l’effet du nombre, elle peut se révéler grave si vous êtes sujet.te à des réactions cutanées allergiques, ou si à force de vous gratter vous finissez par provoquer une infection. Si vous souhaitez vous protéger avec un repoussant adapté, il est judicieux de l’acheter sur place en pharmacie, afin de demander conseil aux professionnel.le.s de santé locaux.ales. La meilleure protection qui soit reste cependant une couche de vêtements recouvrant l’intégralité du corps (ou rester chez soi, mais c’est un autre débat…). Il est également bon de savoir qu’a contrario des moustiques qui sont capables de vous piquer lorsque vous êtes en mouvement, les sandflies ne sont pas assez rapides pour maintenir un rythme de 4 ou 5 km/h. La légende raconte que c’est ainsi qu’on s’habitue à marcher sans pause du matin au soir…

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Le soleil levant se fraie un chemin entre les falaises de la rivière Whanganui

Juste avant le point de départ officiel de l’étape, au quai de Mangapurua, se tient le surprenant Bridge To Nowhere (« Pont Pour Nulle Part »), édifié en 1936 par des vétérans de la 1ère Guerre Mondiale, à qui le gouvernement avait fait don de terres non loin de là. Malgré les efforts surhumains qu’ils déployèrent pour construire une route et pour rendre ces terres exploitables, toutes les familles abandonnèrent les unes après les autres, et finirent par fuir ce lieu inhospitalier. Seul demeure ce pont, témoin de l’effort constant de l’Homme pour dompter la Nature, parfois en dépit de tout bon sens. À quelques kilomètres en aval c’est un tout autre modèle de culture qui nous est proposé, avec la découverte de la communauté maorie de Tieke Kainga, organisée autour de son très beau marae, et où il est éventuellement possible de se reposer, de manger, ou de passer la nuit, en fonction de l’accueil qui vous y est réservé. Je ne vous conseillerais donc pas d’organiser votre programme en incluant ce lieu dans les spots de camping, mais plutôt de vous laisser l’opportunité d’y rester si l’occasion s’offre à vous. Vous ne le regretterez pas !

Le marae, poumon de la tradition maorie

Un marae (prononcer « maraï ») est un lieu d’importance dans la culture maorie, mais également dans toutes les cultures des Îles du Pacifique, à la fois témoin historique et acteur actuel de la tradition. Ce terrain où sont édifiés un ou plusieurs bâtiments est le centre de réunion et de cérémonie d’une tribu, qui en est la gardienne. Il arrive cependant que des visiteur.se.s étranger.ère.s puissent y être admis.e.s, pour rester le temps d’une nuit ou d’une journée, pour manger, se reposer, ou simplement découvrir le lieu, en fonction de la connivence qui se crée entre l’hôte et l’invité.e. En effet, il ne s’agit ni d’un lieu touristique que l’on pourrait visiter librement, ni d’un hôtel où prendrait place une relation de clientélisme, mais véritablement d’un accueil de la part de la tribu au sein de sa propre demeure, selon des traditions ancestrales que l’on pourrait comparer à celles qui avait autrefois court dans la Grèce antique, pour ne prendre qu’un exemple. Un.e membre de la famille sera presque toujours présent.e pour accueillir les voyageur.se.s ou d’autres membres de la tribu qui se présenteraient au marae, et il peut donc s’agir de véritables haltes sur le Te Araroa. Cependant le.a visiteur.se se doit de respecter certaines règles, les deux principales étant que, premièrement pour rentrer dans le marae il ou elle doit y être invité.e, et doit donc attendre à l’extérieur que quelqu’un vienne à lui ou à elle, au lieu d’entrer de sa propre initiative ; la deuxième étant qu’aucun enregistrement vidéo ne peut être fait au sein du marae, et aucune photo prise sans l’accord de l’hôte. D’un point de vue général, le.a visiteur.se se doit témoigner du respect aux membres de la tribu et au lieu qui est considéré comme sacré, mais l’accueil des Maori.e.s est souvent bien plus chaleureux qu’un.e Européen.ne ne pourrait se l’imaginer…

Pour la plupart des thru-hikers la ville de Whanganui arrive à point, car bien que cette section soit somptueuse, et constitue une expérience extrêmement enrichissante sur le trail, après seulement quelques jours sur l’eau les jambes fourmillent déjà d’envie à l’idée de reprendre la marche. Whanganui est une très jolie ville, à laquelle les bâtiments d’époque confèrent un air de ville de poupée aux couleurs chatoyantes, et qui offre tous les services nécessaires pour se remettre de nos courbatures d’apprenti.e.s kayakistes.

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Le Tieke Marae, halte dans la plus pure tradition maorie

Whanganui – Palmerston North

La section suivante, d’environ 3 jours, mène à Palmerston North en passant par les petites villes de Bulls et Feilding. En 2015 cette étape était presque intégralement constituée de route, y compris des voies rapides très fréquentées, mais j’ose espérer que le chemin de randonnée qui était alors en cours de conception soit désormais achevé. De nombreux.ses thru-hikers choisissaient d’effectuer cette section à vélo, que l’on peut louer à Whanganui. Cependant cette option ne permet pas de passer par la seule partie véritablement intéressante de l’étape : la plage de la forêt Santoft, à laquelle le sable noir et le bois flotté qui la recouvrent confèrent une beauté surréaliste.

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La singulière plage de Santoft

Palmerston North – Makahika

Palmerston North est une ville de première importance au niveau régional, et vous n’aurez aucun mal à y trouver toutes les commodités nécessaires à la préparation de la section suivante, qui est probablement la plus exigeante dans l’Île du Nord : la redoutée chaîne de montagnes des Tararuas.

Mais avant d’aborder les Tararuas, il s’agit de 2-3 jours de marche pendant lesquels le trail s’élève progressivement jusqu’au Makahika Outdoor Pursuits Centre où les marcheur.se.s du Te Araroa sont accueilli.e.s gratuitement, et où l’on peut par ailleurs recueillir de précieux conseils pour aborder les montagnes toutes proches. De là il est également possible de se rendre à Levin pour se ravitailler, ce qui permet de réduire l’autonomie à 2-3 puis 4-5 jours, au lieu de transporter 6 à 8 jours d’autonomie de Palmerston North à Waikanae, qui marque la fin des Tararuas.

Pour sortir de Palmerston North, le trail suit un itinéraire le long de l’université Massey, puis à travers des parcs qui conduisent vite à de petites routes de campagne peu fréquentées, alternant avec de plus longues sections de chemins forestiers. L’une de ces sections de forêt longue de 17 km, le Burttons Track, traverse en partie une zone d’exploitation forestière potentiellement fermée au public, et pour laquelle il est donc conseillé de se renseigner à l’avance.

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Sur le Burttons Track

V. Wellington

Makahika – Waikanae

La chaîne de montagnes des Tararuas est une zone extrêmement réputée pour la randonnée. Elle offre en effet de nombreux chemins alpins aux vues opulentes qui serpentent sur les crêtes recouvertes de tussock, propres à ravir tout adepte de paysages naturels et de sensations fortes. Cependant il s’agit aussi de l’une des zones les plus redoutées, ces chemins exposés se transformant en véritable calvaire sous une mauvaise météo, ce qui se produit très fréquemment dans cette région balayée par les vents du tout proche détroit de Cook, et les sentiers se révélant souvent exigeants d’un point de vue technique. C’est pourquoi il est conseillé de se munir d’un jour supplémentaire d’autonomie en nourriture sur la planification de l’étape. Ces montagnes sont relativement similaires à celles que le Te Araroa traverse à de nombreuses reprises dans l’Île du sud, et le niveau d’exigence, bien que toujours fluctuant, est globalement équivalent. Il s’agit donc d’une étape très importante sur le trail, puisqu’elle constitue à la fois la conclusion grandiose de l’Île du Nord, et à la fois une introduction à l’Île du Sud dont la similarité des paysages et du niveau de difficulté procure une bonne idée de ce à quoi on sera mangé dans le futur. Il est d’ailleurs fréquent que certain.e.s marcheur.se.s hésitant.e.s remettent ici en question la suite de leur thru-hike. D’autres au contraire, la plupart à vrai dire, s’enthousiasment déjà de découvrir la suite du parcours, la tête pleine des paysages grandioses que nous offrent ces montagnes.

Au lieu de suivre l’itinéraire du Te Araroa sur la première partie de cette étape, il existe une option alternative consistant à remonter le cours de la rivière Ohau, les pieds dans l’eau pendant plusieurs heures. Bien que cet itinéraire présente de nombreux avantages, étant donné qu’il n’est pas balisé et que certains passages peuvent s’avérer dangereux, il devrait être réservé uniquement aux marcheur.se.s expérimenté.e.s et sûr.e.s de leur qualité de navigation. La traversée à proprement dite des Tararuas dure environ 2 jours, et possède de nombreux huts dans lesquels se réfugier en cas de changement météorologique brutal. À cet effet il a été prévu que la durée maximale pour arriver à un hut soit d’environ deux heures depuis n’importe quel point de l’itinéraire, que ce soit en revenant sur ses pas ou en continuant en avant. Après être redescendu de la partie alpine vers Otaki Forks où débute la Otaki Gorge Road, et où sont installés différents campings, le trail s’enfonce à nouveau dans la forêt pendant 14 km pour gravir un dernier humble sommet en bordure des Tararuas, et redescendre enfin sur la ville de Waikanae après 10 km de route.

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Nichols Hut, idéalement situé au pied du Mt Crawford (1462 m), plus haut sommet des Tararuas sur l’itinéraire du Te Araroa

Waikanae – Wellington

De là Wellington est tout proche, à seulement quelques jours de marche, et la fin de l’Île du Nord ne présente pas de difficulté particulière. Étant donné que le trail reste toujours à proximité de la civilisation, nul besoin de prévoir plus d’un jour d’autonomie sur cette section.

De Waikanae le trail emprunte un sentier de randonnée citadin le long de la rivière du même nom, jusqu’à son estuaire où il bifurque sur la plage, pour un long chemin côtier que domine dans le lointain la vue fantasmagorique de l’île Kapiti. Une fois dépassée la petite ville de Paekakariki, le trail longe la voie rapide n°1 sur 22 km par un chemin cyclable sécurisé. Puis à partir de Porirua, ville d’une envergure équivalente à Waikanae, il s’éloigne de cet environnement urbain pour ouvrir et aussitôt refermer une dernière parenthèse naturelle, en gravissant successivement les sommets de Colonial Knob, du haut duquel l’on jette un dernier regard sur la baie, puis de Kaukau, qui lui offre un premier regard englobant la métropole qui s’étend à nos pieds.

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Surplombant Wellington, Mt Kaukau invite à la contemplation

La descente mène directement dans le cœur de Wellington, capitale politique de la Nouvelle-Zélande, bien que de moindre envergure que sa rivale et consœur Auckland. Wellington entretient une culture de divertissement, d’art, et de fête au caractère bon-enfant, et on y trouve de nombreux parcs luxuriants que le Te Araroa emprunte volontiers, pour notre plus grand régal. L’itinéraire dépasse le centre de la ville sur le parcours du City to Sea Walkway, qui le mène dans la paradisiaque banlieue d’Island Bay, où s’achève le Te Araroa sur l’île du Nord.

Pour prendre le ferry à destination de l’Île du Sud il n’y a pas d’autre choix que de revenir sur ses pas ou de prendre un bus en direction du centre-ville. Malgré l’excitation qui gagne tout.e thru-hiker à l’idée de traverser le détroit de Cook, Wellington mérite amplement que l’on prenne le temps de la découvrir dans ses moindres recoins, qu’il s’agisse des grands boulevards du centre, de l’ambiance apaisante des parcs, ou du foisonnement culturel que l’on voit s’épanouir dans ses musées, comme le Te Papa Tongarewa qui est le musée national de la Nouvelle-Zélande.

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La forêt s’invite dans le centre de Wellington, dans le Trelissick Park
Pour découvrir la suite de cette aventure sur l’Île du Sud, c’est par ici : https://marcheursansfrontieres.fr/te-araroa-l-ile-du-sud/

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