Situé en Patagonie dans le Sud du Chili, le parc national de Torres del Paine est l’un des sites touristiques les plus populaires du pays. Élu 8ème merveille au monde, classé au patrimoine de l’UNESCO depuis 1978, Torres del Paine est un incontournable si vous visitez la Patagonie, et les nombreuses infrastructures mises en place pour accueillir un public toujours plus nombreux (plus de 200 000 visiteurs en 2016) en font un haut lieu du trekking dans le monde. Il existe de nombreuses possibilités pour randonner et pratiquer d’autres activités d’extérieur, mais deux itinéraires sont particulièrement mis en avant : celui du « O » permettant de faire un tour complet du massif montagneux, et celui du « W » permettant d’accéder aux paysages les plus emblématiques. Je suis arrivé dans le parc en saison basse, qui dure de mai à octobre, et le circuit du « O » étant encore fermé, j’ai dû me rabattre sur le circuit plus conventionnel du W. Mais cela m’aura surtout permis de découvrir cet écrin de nature en profitant d’une ambiance privilégiée, loin de la foule habituelle. C’est cette ambiance unique que je souhaite partager avec vous, afin que cette lecture vous apporte le grand bol d’air que m’a offert Torres del Paine, en attendant peut-être de découvrir ces paysages merveilleux de vos propres yeux !

Carte des différents itinéraires du PN Torres del Paine (le circuit du W, reconnaissable à sa forme, est en rouge) :

Pour découvrir cette randonnée en vidéo, je vous invite à visionner l’épisode 02 « Les Montagnes de Patagonie » de la websérie The American Hike, disponible sur Youtube :

I. Environnement naturel

Géologie et hydrographie

Le massif de Torres del Paine se distingue du reste de la Cordillère des Andes car il est constitué d’éléments géologiques uniques par leur jeunesse et leur caractère spectaculaire. Le cœur du massif est composé de granites, issus d’une lente fusion magmatique, et qui au cours de leur formation se sont différenciés en fonction des conditions de pression et de température auxquels ils ont été soumis. C’est pour cette raison que les montagnes sont striées de bandes multicolores, allant du gris au rose, et qui offrent aux géologues l’opportunité unique d’étudier ce type très particulier de structure. On rencontre également des roches de type sédimentaire, plus foncées, dont les origines bien plus anciennes remontent à l’érosion des Andes nouvellement créées.

Le système hydrographique du parc, quant à lui, s’écoule du Nord au Sud, et est très dépendant du champ de glace Sud de Patagonie. Les glaciers ont modelé le paysage par l’érosion, et sont à la base d’une chaîne de l’eau très étendue, qui permet la création de nombreux milieux naturels propices au développement d’une biodiversité extrêmement riche. Néanmoins la force de cette source d’eau en fait aussi la faiblesse, et à l’heure où les glaciers sont menacés par le dérèglement climatique, c’est en réalité l’ensemble des écosystèmes dépendant de leur bon fonctionnement qui est en danger. À titre d’exemple, le Glacier Grey a perdu une surface de 19 km2 au cours de ces 30 dernières années.

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Sur cette photo on peut observer les strates géologiques multicolores qui composent le massif.

Faune et flore

Malgré une superficie relativement faible, le parc national Torres del Paine est exceptionnel de par sa grande variété d’environnements naturels, où se développent de nombreuses espèces animales et végétales endémiques. Il convient donc de protéger ces écosystèmes en adoptant des comportements responsables, en particulier concernant le risque d’incendie qui est l’une des principales menaces pesant sur cet écrin de nature. Tous les employés du parc ont toujours en mémoire la catastrophe qui s’est produite en 2011/2012, un incendie de grande envergure détruisant 17 600 hectares. Il faudra encore aujourd’hui de longues années pour que ces forêts puissent se reconstituer complètement.

Puisque le premier pas vers la protection est celui de la connaissance, je vous propose un petit résumé des 4 types de zones naturelles que l’on peut traverser sur notre randonnée, chacune possédant une végétation-type particulière adaptée aux conditions très rudes qui règnent dans ces régions du monde :

  • Le matorral est composé de végétation où dominent des arbustes adaptés à un milieu pauvre en eau. C’est également ce type de végétation qui repousse en premier après un feu de forêt.
  • La forêt magellanique est composée presque exclusivement de hêtres de Terre de Feu.
  • La steppe patagone est composée d’une végétation basse, principalement de graminées très résistantes.
  • Le désert andin, dont la végétation très pauvre est déterminée par l’altitude.

Dans ces milieux variés la faune que l’on peut rencontrer est également très diversifiée, avec pas moins de 118 espèces d’oiseaux, dont certaines espèces emblématiques, comme le nandou de Darwin, cousin de l’autruche, et le condor des Andes. De nombreux mammifères y sont également présents comme le guanaco, proche cousin du lama, le grand tatou velu, la moufette de Patagonie, le renard de Magellan, et bien sûr le deuxième plus grand félin d’Amérique, le puma.

Bien qu’ils restent habituellement invisibles, il est tout à fait possible de se retrouver nez à nez avec un puma au beau milieu du parc, et cela malgré la forte affluence touristique. Le soir où je campais à Paine Grande, alors que j’étais à quatre pattes en train de farfouiller dans ma tente, un puma est venu rôder au milieu du camping. J’étais alors le seul dehors, mais un groupe de gens a pu observer la scène depuis la fenêtre de la salle à manger. L’animal qui passait tranquillement derrière moi ne s’est apparemment arrêté qu’une seconde, a jeté un coup d’œil à ce petit humain bruyant et maladroit, et a continué son chemin sans que je m’aperçoive de sa présence. Les randonneurs qui m’ont expliqué ce qui venait de se passer, eux, étaient réellement paniqués…

Un croisement entre un lama et un dromadaire ? Non, un guanaco !

II. Description de l’itinéraire

Le circuit du W est long de 76 km et peut s’effectuer en 4-5 jours, que ce soit d’Est en Ouest ou d’Ouest en Est. Il existe deux points d’accès d’où débuter la randonnée, chacun situé à l’une de ses extrémités :

  • À l’Ouest le refuge de Paine Grande est accessible en catamaran par le Lac Pehoé, ou à pied par un chemin de 18 km depuis l’entrée du Parc, où l’on peut garer sa voiture. Bien que ne faisant pas partie du circuit, je recommande fortement cette petite marche d’approche pour se mettre en jambes, tout en profitant des vues qu’elle offre sur le massif montagneux.
  • À l’Est se trouve l’entrée du Parc avec le refuge de Las Torres, accessible directement par la route.
Vue sur le massif Torres del Paine depuis la marche d’approche

Le « W » dont il est question est composé de trois branches principales, chacune menant à un mirador d’où l’on peut admirer un paysage emblématique du parc national, au cœur même des montagnes. Petit inconvénient cependant, il faut donc faire trois aller-retours pour y accéder, mais rassurez-vous, cela en vaut largement la peine ! Entre chacune de ces branches la randonnée s’avère également très agréable et très belle, bien que moins spectaculaire, avec un gros coup de cœur pour la partie à proximité du refuge de Los Cuernos, entre la branche du Mirador Británico et celle de Las Torres, qui offre de très beaux points de vue sur le Lac Nordenskjöld.

  • Le Glacier Grey (branche Ouest) auquel il est également possible d’accéder en catamaran ou en kayak par le lac du même nom. Pour les amateurs d’alpinisme il est par ailleurs possible d’y suivre des excursions organisées pour explorer les entrailles du glacier et effectuer de l’escalade sur glace. Le refuge et le camping qui se trouvent à proximité (payants), offrent tous les services nécessaires pour rester une nuit sur place.
Premières vues sur le majestueux glacier Grey dans le lointain
  • Le Mirador Británico (branche centrale) auquel je n’ai malheureusement pas pu accéder à cause de fortes chutes de neige. Il offre apparemment une très belle vue sur les glaciers et les formations géologiques exceptionnelles de ce cirque rocheux. Je peux néanmoins vous proposer quelques photos prises par mes amis voyageurs du blog Wildwaft.
Vue sur la vallée qui permet d’accéder au Mirador Británico
  • Le Mirador de las Torres (branche Est) est à la fois le plus difficile d’accès à cause de son ascension exigeante, et le plus célèbre car c’est de ce point de vue que l’on peut admirer les fameuses tours de granite. De nombreux touristes ne restent qu’une seule journée pour effectuer l’aller-retour depuis l’entrée de Las Torres, c’est pourquoi en saison haute le chemin peut être extrêmement fréquenté.
La célèbre vue sur les tours de granite depuis le Mirador de Las Torres

III. Services et infrastructures

Comment dormir sur place ?

Le Parc National Torres del Paine est géré par l’organisme public des forêts, le CONAF, qui propose certains refuges et campings. Il existe également des refuges et gîtes privés sur le parcours, et de nombreux hôtels à proximité des entrées du PN. Les choix sont donc très nombreux, mais il faudra de toute manière débourser un peu d’argent, y compris pour accéder aux campings du CONAF, sachant que le camping sauvage est strictement interdit. Je vous conseille donc d’organiser votre parcours à l’avance depuis Puerto Natales où le personnel des offices de tourisme pourra vous aider à y voir plus clair, et au besoin à réserver des gites, en particulier en saison haute où la fréquentation est très importante. Quelle que soit l’option que vous privilégiez, je vous conseille de toute manière de prévoir de l’argent en espèces sur place.

Les gîtes luxueux de Los Cuernos

Comment accéder au parcours ?

  • Depuis la ville la plus proche au Chili, Puerto Natales, il est très facile de prendre une place dans l’un des nombreux bus qui font la navette chaque jour, et de réserver votre retour. De tels services sont également disponibles depuis la ville argentine la plus proche, El Calafate.
  • Bien sûr si vous possédez une voiture sur place il vous est toujours possible de vous y rendre par vos propres moyens, mais étant donné que le circuit du W n’est pas une boucle, cela implique que vous reveniez à votre point de départ, soit en marchant, soit en bus.
  • Enfin il est possible d’éviter certaines parties de la randonnée en réservant une place à bord d’un des catamarans qui naviguent sur les lacs, soit pour accéder à Paine Grande depuis l’entrée du Parc, soit pour vous rendre directement au refuge du Glacier Grey, et ainsi vous éviter l’aller-retour. Cette option est néanmoins très onéreuse.

Autres activités

Le parc n’est bien sûr pas uniquement dévolu à la pratique de la randonnée, mais offre également de nombreuses autres possibilités de sports d’extérieur, encadrées par des organisations privées :

  • L’alpinisme, avec des courses sur glace qui se déroulent sur le Glacier Grey, accessibles pour tous niveaux pour peu que l’on que soit un peu sportif.ve, et l’escalade, avec notamment la tour centrale de Las Torres (2454 m) qui constitue l’un des trois « Big Walls » mythiques de Patagonie, mais dont l’ascension requiert une préparation digne d’une véritable expédition.
  • Le kayak, notamment sur le Lac Grey, ce qui permet d’approcher au plus près du glacier.
  • L’équitation est également très répandue dans le parc, avec de nombreux itinéraires de niveaux très variés, qui permettent à chacun de trouver son bonheur en compagnie de ces chevaux robustes de Patagonie.
Trek à cheval à proximité de la sortie Est du Parc

4. Difficulté

En dernier lieu je souhaiterais mettre en garde contre la tentation, qui pourrait notamment atteindre les randonneurs expérimentés, et dans laquelle je suis moi-même tombé, de croire que, parce qu’il connaît une très forte fréquentation, le PN Torres del Paine est accessible à tous et d’un niveau facile pour randonner. Il n’en est rien. D’une part le terrain peut s’avérer à la fois difficile à négocier d’un point de vue technique, et à la fois exigeant d’un point de vue physique. D’autre part la météo capricieuse de Patagonie, alliée aux variations rapides d’altitude, peut rendre les conditions extrêmement difficiles avec des vents très forts, de la pluie, et de la neige, y compris en saison estivale. Il convient donc de toujours respecter les consignes mises en place, comme de ne pas s’aventurer au hasard sur un itinéraire fermé au public, d’être en forme physiquement, et d’être correctement équipé pour tout type de conditions, notamment lors d’un trek de plusieurs jours avec bivouac. Même si vous ne comptez réaliser qu’une journée de marche, comme pour faire l’aller-retour jusqu’aux Torres, ne sous-estimez pas la difficulté et équipez-vous en conséquence. Attirés par cette attraction emblématique, j’ai vu sur cet itinéraire de seulement quelques kilomètres de nombreuses personnes en difficulté ne pas aller jusqu’au bout, et rebrousser chemin, voire se faire mal et se mettre en danger.

En revanche si vous êtes expérimenté.e, sportif.ve, et que vous savez ce que vous faites, il est tout à fait possible de parcourir ces itinéraires bien plus rapidement que ce qui est conseillé. À titre d’exemple j’ai effectué le circuit du W (à l’exception de l’aller-retour du Mirador Británico) en seulement 2 jours, au lieu des 4-5 jours préconisés. Un bon marcheur peut donc raisonnablement envisager d’effectuer cet itinéraire complet en moins de 4 jours.

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Panneaux d’indication et de balisage au départ de Las Torres. Les estimations de distance se sont souvent avérées très approximatives sur de tels panneaux.

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