Cette « Traversée de la Patagonie australe » s’inscrit dans le cadre de l’expédition The American Hike, qui consiste à traverser les Amériques intégralement à pied, d’Ushuaia jusqu’à l’océan Arctique. Si ce titre ne fait référence à aucun itinéraire connu, c’est pour la raison toute simple que sur la première partie de ce voyage j’ai été amené à définir mon propre itinéraire, en l’absence de tout chemin de randonnée, de trail de longue distance, ou d’itinéraire historique. Pour en apprendre un peu plus sur la manière dont il est possible de créer un tracé de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres à travers le continent américain, je vous invite à cliquer ICI.

La première étape de ce voyage hors-norme consiste donc à traverser la Terre de Feu et le Sud de la Patagonie, d’Ushuaïa à El Chaltén en Argentine. Il n’aura finalement s’agit que de 1 350 km, au lieu des 1 600 prévus initialement, réalisés en 35 jours, soit une goutte d’eau comparé au 900 jours prévus jusqu’à l’océan Arctique. Mais ne dit-on pas que le premier pas est le plus important ? Sur quoi repose cette importance, là est la vraie question : de bonne augure, je l’espère pour ceux à venir ; éloquent, je le souhaite pour l’implication que je mets dans cette aventure, mais difficile, surtout, cela ne fait aucun doute. D’Ushuaïa à El Chaltén, je n’ai marché presque qu’exclusivement sur de la route, et ceux qui ont déjà affronté l’asphalte le savent, avec les souffrances que cela implique. Souffrances physiques tout d’abord, car le même mouvement répété jour après jour sur une surface aussi dure et sous un poids aussi lourd, vide le corps de toute énergie et le traîne jusqu’à l’épuisement. La route brûle et écrase les pieds, malgré l’amorti des chaussures, et leur douleur devient une habitude inextricable qui se glisse en arrière-plan de toute chose. Souffrances morales également, car passer des journées à parcourir ce long ruban gris, toujours semblable au milieu de ces paysages désertiques, revient à s’inventer un nouveau supplice des Enfers, tel celui de Sisyphe, qui sans raison et sans but est condamné à pousser son rocher pour l’éternité. Un but, heureusement, j’en ai un, et c’est cela qui m’a donné la force d’avancer lorsque les journées s’écoulaient en comptant les minutes. La pensée que je ne suis pas seul également, alimentée par la prière, et par le souvenir de tous ceux qui me soutiennent. Mais surtout par les rencontres, par ces sourires et ces visages qui ont surgi sur mon chemin comme une accalmie dans le vent qui souffle ici sans répit. Ces régions sont rudes, il n’y existe pas de compromis entre le désert de la steppe et l’altitude des montagnes, la météo imprévisible se comporte comme un homme fou qui après un sourire vous giflerait en plein visage, mais malgré les conditions, et peut-être à cause d’elles, les Hommes qui y vivent sont pleins de joie et de générosité. Je me plains beaucoup, je l’avoue, mais en réalité je ne regrette rien de toutes ces souffrances qui m’auront permis de traverser cette région du monde en partant à la découverte de ses paysages spectaculaires, de ses traditions, et de ses modes de vie. Et peut-être que la seule véritable découverte que nous réserve la route, est celle que nous faisons en nous réappropriant notre corps, en touchant du doigt nos limites, et en passant du temps avec nous-mêmes. Cette découverte, c’est celle de soi, et ce n’est qu’en acceptant ce que l’on est, que l’on est à-même de porter un regard nouveau sur le monde. Alors, si vous êtes d’accord, je vous emmène avec moi pour découvrir cette fameuse Patagonie australe !

Pour découvrir cette traversée de la Patagonie australe en vidéo, je vous invite à visionner les épisodes 01 « Débuts en Terres Australes » et 02 « Les Montagnes de Patagonie » de la websérie The American Hike, disponibles sur Youtube :

I. Environnements naturels

Deux milieux naturels dominants

Dans ces régions du Sud de la Patagonie on peut distinguer deux types de milieux naturels qui se partagent le territoire de manière majoritaire.

  • À l’Ouest, le long de la Cordillère des Andes et de la façade Pacifique, les paysages, auxquels chacun pense quand on parle de Patagonie, sont faits de montagnes et de fiords exposés aux vents et aux précipitations venant de l’océan. La météo y est très changeante, et souvent très rude. Il s’agit de l’une des régions les plus humides au monde, ce à quoi s’ajoutent des températures parfois très basses. On peut y admirer des montagnes spectaculaires, comme le massif de Torres del Paine, ou celui du Fitz Roy qui surplombe El Chaltén. On y trouve également de nombreux glaciers de plusieurs types : tout d’abord de grands glaciers vêlants qui se déversent dans d’immenses lacs, comme le glacier Viedma et le glacier Upsala qui sont les plus grands d’Argentine, mais également des glaciers tels ceux que l’on peut trouver en Europe, constitués à partir d’amas de neige sur le flanc d’une montagne. Nombre de ces glaciers dépendent directement du Champ de glace Sud de Patagonie, qui est la plus grande calotte de glace au monde après celles de l’Antarctique du Groenland, et qui constitue donc l’une des plus grandes réserves d’eau douce du monde. De nombreuses espèces animales et végétales composent la très riche biodiversité de ce milieu naturel, avec par exemple les espèces emblématiques que sont le puma ou le condor.

Pour en apprendre un peu plus sur le massif montagneux de Torres del Paine, et sur les écosystèmes que l’on peut trouver dans cette partie des Andes, je vous invite à lire cet article relatant la randonné que j’y ai faite, mais pas que !

Vue sur le Glacier Grey et la roche érodée par son recul, dans le parc national Torres del Paine.
  • Mais ces terres australes sont également constituées en très large partie de steppes désertiques. Bien qu’il n’existe pas de frontière géographique franche entre les Andes et la steppe, et qu’en certaines zones ces deux types de milieux soient étroitement liés, on peut considérer que la steppe recouvre plutôt l’intérieur des terres et la partie Est de la Patagonie. Le relief y est bien plus plat, ce qui expose ces terres à des vents violents et durables, mais la météo y est en général plus stable que le long de la Cordillère. Cet environnement très aride ne permet pas le développement d’une biodiversité très variée, la végétation se limitant à des graminées ou à des buissons, et la faune remarquable de grands animaux se composant principalement de guanacos, camélidés sauvages proches du lama, de nandous, oiseaux coureurs ressemblant aux autruches, ainsi que d’autres espèces d’oiseaux particulièrement nombreuses sur le littoral.
Sans exagérer, la traversée des steppes de Patagonie c’est ça pendant des jours et des jours

Impact de l’Homme

Lors de ma traversée à pied, j’ai très nettement pu constater l’impact négatif de l’activité humaine sur ces environnements, tant du côté chilien que du côté argentin. Je commencerai ce constat par une petite anecdote. Alors qu’à Ushuaia je cherche désespérément dans toutes les boutiques d’outdoor du savon biodégradable, que j’appelle « eco-friendly », un vendeur me lance avec honnêteté : « Vous ne trouverez pas ça ici, nous ne sommes pas très eco-friendly vous savez »… le ton est donné.

Lorsque l’on marche sur le bord de la route en Patagonie, la première chose que l’on remarque est le nombre incalculable de carcasses de guanacos, nandous et tatous, renversés par des véhicules. La deuxième chose est bien sûr que le bord de ces routes est souvent considéré par les usagers comme des décharges à ciel ouvert, et je ne compte plus les déchets que j’y ai rencontrés, en particulier les bouteilles pleines d’urine balancées par les camionneurs.

Dans un autre registre j’ai également pu constater de mes propres yeux le retrait dramatique des glaciers de Patagonie, conséquence directe du dérèglement climatique, et venant nourrir à son tour ce cercle vicieux, puisque les glaciers agissent comme régulateurs du climat. Peut-être qu’à terme ce phénomène mènera à leur disparition, mais sans en être encore là, leur recul impacte déjà de façon directe le système hydrographique de ces régions qui dépend en large partie de leur fonctionnement, menant à la réduction de lacs et de cours d’eau, et parfois à leur assèchement complet. En revanche il est important de noter que le phénomène de vêlage que l’on observe sur certains grands glaciers, qui correspond au détachement de blocs de glace dans un lac où ils deviennent des icebergs, n’a absolument pas pour cause le dérèglement climatique causé par l’activité humaine, mais est une conséquence naturelle de l’écoulement du glacier, contrairement à ce que l’on peut observer sur la calotte glaciaire où ce phénomène est significatif de la fonte des glaces.

Par ailleurs, j’ai également pu constater la pollution de cours d’eau à proximité de zones d’élevage ou de carrières, ainsi que les dégâts causés par la propension des éleveurs à poser des clôtures un peu partout, y compris au milieu de zones désertiques où manifestement aucun élevage n’est pratiqué. Ces clôtures ont un impact énorme sur le comportement de certaines espèces endémiques, notamment des nandous et des guanacos, qui en essayant de sauter par-dessus se prennent parfois une patte dans les barbelés, et se retrouvent condamnés à mourir lentement, pris dans ce qui devient un piège inextricable.

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Qui est la victime, qui est le coupable ? L’une des très nombreuses carcasses de guanacos rencontrées en bordure de route.

Cependant il est indéniable que des efforts sont faits, notamment dans les zones touristiquesle tri des déchets est très répandu, et que des mesures sont prises pour sauvegarder la biodiversité, en particulier au sein des Parcs Nationaux. J’en ai traversé trois sur mon chemin en Patagonie du Sud : le Parc National Tierra del Fuego en Argentine, le Parc National Torres del Paine au Chili, et l’immense Parc National Los Glaciares de nouveau en Argentine. Le personnel de ces parcs travaille pour protéger ces environnements naturels en sensibilisant le public, et en menant une action répressive si cela s’avère nécessaire. Dans les bâtiments ouverts au public on trouve de nombreux panneaux didactiques ayant pour but de présenter le parc en question, mais également d’expliquer de manière plus générale des phénomènes tels que le dérèglement climatique. Sur la route également, on trouve de nombreux panneaux incitant les automobilistes à rouler de manière responsable. Bref, ces parcs nationaux constituent véritablement un écrin dans lequel est protégée cette biodiversité extrêmement riche. Paradoxalement, la protection de cette nature passe donc en grande partie par le tourisme.

Protéger la nature, c’est aussi en protéger les petits habitants
Pour approfondir le sujet, je vous invite à visionner cette interview de Jorge, garde-forestier dans le Parc National des Glaciers en Argentine, qui nous fait faire un petit tour du propriétaire à l’heure du dérèglement climatique :

II. Environnement humain

Histoire et culture

Comment parler de l’histoire de la Patagonie sans commencer par le fameux explorateur Magellan, qui en 1520 découvrit le détroit portant aujourd’hui son nom, et qui fut le premier à explorer cette contrée au cours de l’expédition qui mènera à la première navigation autour du globe. Il est à noter que le but initial de cette expédition n’était en aucun cas de faire le tour du monde, mais bien de découvrir ce détroit entre le continent et l’île qui est aujourd’hui la Terre de Feu, dans le but d’accéder par l’Ouest aux Iles Moluques, proches de l’Indonésie. C’est également à cette expédition que remontent les origines du nom Terre de Feu, car les marins rapportent y avoir vu de nombreuses fumées.

Il faudra cependant attendre le XIXème siècle pour que cette région soit colonisée de manière durable par les Européens, les tentatives précédentes ayant souvent échouées à cause de la rigueur du climat et de l’isolement de ces terres. Les premiers colons fondent des villes et s’organisent dans de grandes fermes appelées estancias, mais même alors nombreux sont les projets avortés et les colonies abandonnées, tel qu’on peut le voir aujourd’hui à San Gregorio où demeurent les restes d’une tentative d’implantation.

Bateau échoué sur le rivage du détroit de Magellan, à proximité de l’ancienne colonie de pêcheurs de San Gregorio

L’arrivée des colons européens provoque également la disparition des peuples indigènes, décimés par les massacres et les maladies, et notamment des Selk’nam, dont dans de nombreux lieux touristiques on revendique la culture pour vendre des produits « indiens » en tous genres. Le touriste sera juge de leur authenticité… Les Selk’nam étaient un peuple nomade de chasseurs – cueilleurs qui occupait la partie Nord de la Terre de Feu, où ils s’organisaient en territoires appelés haruwen. Le guanaco, dont ils utilisaient la peau pour se vêtir, constituait leur principale ressource. Mais la forme sous laquelle ils sont particulièrement connus aujourd’hui est celle qu’ils adoptaient lors de la cérémonie initiatique du Hain, permettant aux adolescents masculins de devenir des hommes adultes, chasseurs, et au cours de laquelle ils se peignaient le corps et se déguisaient pour adopter la forme des animaux et des esprits présents dans la nature.

Costumes traditionnels des Selk’nam lors de la cérémonie de l’Hain

L’Histoire contemporaine y est également riche d’événements, dont on peut mentionner la militarisation des frontières du Chili dans les années 70s sous la dictature du Général Pinochet. Dans la région de Magellan, où l’on craignait un débarquement argentin, de nombreuses mines ont été posées le long de la frontière, et il demeure encore aujourd’hui 26 sites non déminés.

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Site miné datant de la dictature du Général Pinochet.

Et bien sûr comment ne pas mentionner l’antagonisme éternel entre le Royaume-Uni et l’Argentine à propos de la souveraineté des îles Malouines au large des côtes argentines, qui mènera en 1982 à un conflit armé remporté par l’armée britannique. Malgré le référendum d’auto-détermination qui a lieu en 2013, avec pour résultat 98,8% des suffrages en faveur du Royaume-Uni, l’Argentine continue à revendiquer la souveraineté de ces petites îles offrant une zone économique exclusive qu’aucun des deux pays n’est prêt à laisser passer.

Monument aux morts de la guerre des Malouines à Ushuaia.

Activité actuelle

La Terre de Feu et le Sud de la Patagonie continentale sont des régions avec une très faible densité de populations. L’énorme majorité de la population se concentre dans les villes, où la principale source d’activité est le tourisme, notamment à proximité de parcs nationaux comme à Ushuaia, Puerto Natales, El Calafate ou encore El Chaltén. De manière générale, la vie y semble plutôt agréable, et les infrastructures sont propres et en bon état.

L’affluence touristique, attirée par les espaces naturels comme ici à Torres del Paine, est une source d’activité et de développement considérable pour ces régions reculées

Mais en dehors des circuits touristiques la réalité est tout autre, avec des quartiers délaissés et extrêmement pauvres qui sont parfois à la limite du bidonville, comme on peut en trouver à Rio Grande, ou même en périphérie de zones touristiques comme à Ushuaia ou à Puerto Natales. De nombreuses routes ne sont pas goudronnées, ou ne le sont que partiellement, ce qui combiné à la mauvaise météo qui est ici fréquente aboutit à des axes routiers extrêmement dégradés où la boue se mélange aux détritus.

Dans ces régions la principale source d’activité est industrielle, et provient de l’exploitation de ressources naturelles, comme le bois, le gaz, le pétrole, ou encore l’exploitation de carrières. Le gaz est acheminé à travers un immense réseau de gazoducs, qu’il m’est arrivé de suivre à plusieurs reprises pour progresser à travers la steppe. Quant aux autres ressources, elles sont principalement transportées par camions, qui effectuent des distances énormes sur des routes parfois très peu carrossables. Malgré le port commercial d’Ushuaia, et son aéroport international, c’est par camion également qu’est majoritairement approvisionnée la Grande Ile de Terre de Feu, alors qu’il n’existe que deux passages de ferry pour traverser le Détroit de Magellan qui la sépare du continent. Il suffit donc que la météo soit mauvaise et que les ferrys ne puissent pas traverser, ce dont j’ai moi-même été témoin, pour que toute la Terre de Feu se retrouve coupée d’approvisionnement.

L’exploitation du pétrole en Terre de Feu.

Entre chacune de ces villes les distances sont énormes et il n’existe que très peu d’activité humaine. Le peu de population qui vit dans ces zones désertiques est rassemblé en estancias, qui sont des complexes agricoles dans lesquels est pratiqué l’élevage de bovins, d’ovins, et de chevaux, ainsi qu’éventuellement le tourisme rural. Les gauchos, véritables cow-boys sud-américains, y vivent en autarcie, seuls ou avec leur famille, et se déplacent à cheval. La viande de vache qui est produite dans ces régions est particulièrement appréciée. J’ai moi-même pu partager un peu de la vie d’une famille de gauchos, qui m’ont invité à dîner avec eux, et m’ont offert un toit pour la nuit. Leur vie est rude, rythmée par le travail, mais ces gens sont heureux du peu qu’ils ont, et ils savent apprécier la proximité de la nature. On mange beaucoup de pommes de terre dans ces régions, s’en servant même comme le pain en France, pour accompagner et saucer les plats. Et surtout, quels que soient l’heure de la journée et le lieu où l’on se trouve, tout le monde boit du maté. À tel point que les gauchos se lèvent souvent très tôt le matin pour boire cette infusion excitante pendant des heures avant de commencer le travail.

Enfin, la religion chrétienne est très présente dans ces régions, et la population très fervente. On voit par exemple de nombreux autels et chapelles sur le bord de la route, parfois pour commémorer un accident, mais bien plus souvent dédiés à un saint, en particulier à la Vierge Marie et au Gauchito Gil, qui est une croyance traditionnelle ayant pour vocation de protéger ceux qui prennent la route.

Élevage de chevaux d’une estancia.

III. Étape par étape

D’Ushuaia à Tolhuin

Je débute mon voyage dans la ville d’Ushuaia, où j’arrive en avion depuis Buenos Aires. Après avoir traversé les faubourgs industriels de la ville, je passe par la grande porte qui marque son entrée, et me dirige par la route vers la station de ski, distante de 30 km, qui attire de nombreux touristes. Il n’existe qu’une seule et unique route jusqu’à Rio Grande, à 200 km d’Ushuaia, que je suis donc forcé d’emprunter. Petite consolation, cette route m’offre de très beaux points de vue sur les paysages enneigés du Parc National Tierra del Fuego. Après la station de ski elle bifurque sur la gauche pour grimper en serpentant vers le Col Garibaldi, que je passe sous une tempête de neige. Je croise deux cyclistes turcs qui en redescendent, l’un est en short… Pas frileux ! Après le passage du col la route redescend vers l’immense Lac Fagnano, qui s’étend d’Ouest en Est à cheval entre le Chili et l’Argentine. La Terre de Feu a la particularité d’être l’un des rares endroits au monde où deux plaques tectoniques se rencontrent à la surface du sol, ce qui se produit généralement dans le fond des océans. En l’occurrence ces deux plaques sont la Plaque Sud-Américaine au Nord, et la Plaque Scotia au Sud, qui se déplacent latéralement l’une par rapport à l’autre à une vitesse de 4 mm par an le long de la faille Magellan – Fagnano qui passe précisément par ce lac, et se prolonge à l’Ouest par le Détroit de Magellan. La route longe le lac vers l’Est pour finalement s’en séparer en arrivant à Tolhuin, village balayé par les vents et aux airs de Far West, où la station-essence fait office de saloon dans lequel se rassemblent les voyageurs.

C’est dans ce paysage grandiose que débute ma randonnée de 27 000 km jusqu’à l’océan Arctique

De Tolhuin à Rio Grande

Après Tolhuin débute une section de 100 km de route. Le paysage au début constitué de marécages et de landes, où alternent pâturages et zones boisées, devient vite plus aride, et je fais la connaissance pour la première fois de la steppe où le vent souffle sans discontinuer. Je me dirige vers l’océan Atlantique sur de grandes voies interminables, et alors que mon itinéraire bifurque enfin pour s’en séparer, je continue à longer l’océan en traversant de grands pâturages où des troupeaux de vaches me regardent tranquillement passer. J’arrive à Rio Grande par le quartier sud, qui s’avère être un bidonville où je connais ma première déconvenue avec une meute de chiens errants, chose classique en Amérique Latine, puis je traverse le fleuve qui a donné son nom à la ville pour accéder au centre. Rio Grande constitue ma première vraie étape, et loin des circuits touristiques j’en garde le souvenir plutôt positif d’une ville simple authentique.

Les arbres disparaissent petit à petit pour laisser place à la steppe.

De Rio Grande au Détroit de Magellan

Tentant absolument d’éviter la route, je quitte la ville par le Nord en traversant un quartier entier en construction, puis en suivant l’itinéraire d’un gazoduc. Je retourne finalement sur la route nationale pour la quitter à nouveau en bifurquant sur une route de campagne qui traverse la steppe. Seule au milieu de ce décor vide et isolé, je rencontre une petite estancia dans laquelle on m’offre un local pour dormir. Je rejoins à nouveau la route nationale pour traverser la frontière de l’Argentine vers le Chili, mais arrivé au poste chilien on m’informe que, n’étant pas passé par le poste argentin qui se trouvait derrière moi lorsque j’ai rejoint la route, je dois faire demi-tour pour y demander une autorisation de sortie du territoire. Après avoir finalement passé la frontière, je bifurque à nouveau sur une route plus petite à travers la steppe, pour arriver après plusieurs jours à Cerro Sombrero, grand village qui constitue la fin de ma deuxième étape. Après Sombrero j’emprunte la route nationale par laquelle transitent de nombreux camions venant du continent, pour arriver en fin d’après-midi au ferry permettant de traverser le Détroit de Magellan et de quitter la Terre de Feu. J’apprends qu’il est resté à quai toute l’après-midi, pour cause de houle, mais dans la soirée le vent se calme nous pouvons enfin traverser.

Quand un gazoduc sert de balisage à travers la steppe…

Du Détroit de Magellan à Puerto Natales

Me voilà sur le continent sud-américain à proprement parler, mais le décor n’a pas changé. Il s’agit toujours de route nationale alternant avec de plus petites routes à travers le décor des steppes, où le vent souffle sans relâche. Après 7 jours de marche le paysage se fait plus vallonné, et une dernière section de route nationale s’ouvre enfin sur le tableau merveilleux d’un fiord cerné de montagnes, au bord duquel se tient la petite ville touristique de Puerto Natales.

La vue féérique sur le fiord de Puerto Natales

De Puerto Natales à Torres del Paine

Puerto Natales est un centre touristique alimenté par la proximité du Parc National Torres del Paine, et c’est cette direction que je prends en quittant la ville. Après l’effusion touristique me voilà seul sur une petite route de gravier qui longe le fiord. J’arrive à une estancia qui se tient au bord de l’eau, et les maisons en bois peint qui se fondent harmonieusement dans ce décor grandiose semblent tout droit sorties d’un paysage scandinave. Je continue encore un peu sur cette route, avant de rejoindre la voie principale pour Torres del Paine, sur laquelle croisent des bus de touristes à longueur de journée. Encore 50 km au milieu de montagnes et de lacs qui prennent petit à petit de l’ampleur, pour arriver finalement à l’entrée de ce parc légendaire. Pour continuer le voyage avec moi à travers Torres del Paine, je vous invite à lire cet article dédié spécifiquement à la randonnée que j’y ai effectuée.

À seulement quelques heures de marche de Puerto Natales se trouvent des paysages merveilleux de fiords, où aucun touriste ne se rend.

De Torres del Paine à El Calafate

Après Torres del Paine je redescends vers le Sud pour traverser la frontière vers l’Argentine. Pas d’incident cette fois, et je peux remonter vers le Nord en alternant à nouveau entre route nationale et routes provinciales, qui sont en réalité des pistes faites de gravier et de terre. Après 5 jours de marche, le sol s’ouvre sous mes pieds et je me retrouve au bord d’une immense vallée. J’étais jusqu’ici sur un plateau, sans même l’avoir réalisé. Je descends vers le lac Argentino que je vois au loin, et à l’intersection de la route qui mène à El Calafate je fais du stop sur 30 km pour m’y rendre, étant donné que cette ville se situe en dehors de mon itinéraire. El Calafate, qui est également un nom commun désignant une petite baie typique de Patagonie, est tout comme Puerto Natales une ville touristique alimentée cette fois par la proximité du célèbre Glacier Perito Moreno, auquel je ne me suis cependant pas rendu.

Me voilà prévenu !

De El Calafate à El Chaltén

Direction El Chaltén pour la dernière étape de cette première partie de mon voyage. Malgré quelques heures d’attente, je réussis à faire du stop jusqu’à l’intersection où je me suis arrêté, et d’où je reprends la marche. Tout comme sur la première étape, il n’y a cette fois qu’une unique route que je puisse emprunter. Quittant la vallée du Lac Argentino, je me dirige vers le Lac Viedma par un passage entre deux massifs montagneux, au fond duquel coule une rivière. Je contourne le Lac Viedma en arrivant à sa hauteur, et dois encore le longer sur 100 km jusqu’aux montagnes que l’on aperçoit dans le lointain. El Chaltén se trouve à leur pied. Le vent souffle de face et la progression est difficile, mais j’aperçois déjà la silhouette mythique du Fitz Roy qui se détache sur le ciel bleu, et dont j’approche pas à pas. Finalement, quelques kilomètres après mon entrée dans le Parc National de Los Glaciares, je pénètre dans El Chaltén, petit village dont toute l’activité est alimentée par les touristes qui viennent en nombre profiter des montagnes magnifiques alentour.

Le relief se fait plus prononcé en approchant d’El Chaltén
On aperçoit El Chaltén dans le fond de la vallée, coincée au pied même des sommets légendaires que sont le Fitz Roy et le Cerro Torre.

Quoi de mieux comme paysage pour m’élancer sur l’étape suivante de ma traversée des Amériques à pied, beaucoup plus sauvage cette fois : le Greater Patagonian Trail !

3 commentaires sur “

  1. Félicitations pour ton courage et ta volonté. Tu réalises ce que je n’ai pas pris le temps de faire, et à travers tes mots, tes photos et et ton ressenti, je vis cette expérience. Alors vis bien ton Chemin… » l’ Essentiel n’est pas le but, c’est le Cheminement ». Yves, vieux marcheur de 71 ans.

    • Merci beaucoup pour tes encouragements Yves, ils m’aident à trouver de la motivation pour avancer quand c’est difficile, et ils m’apportent beaucoup de joie en pensant que je te transmets quelque chose à travers cette expérience.

  2. merci à toi de ton regard, j’attends avec impatience ta prochaine vidéo que je passe à nos reunions mensuelles à bientôt de te lire bien à toi

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